Opéra : le « Samson » de Roberto Alagna déchaîne les Chorégies d’Orange

Dalila (Marie-Nicole Lemieux) et Samson (Roberta Alagna) aux Chorégies d’Orange en juillet 2021.

Si l’on excepte les contrôles d’identité, des passes sanitaires ainsi qu’une jauge réduite à 5 000 places en lieu des 8 000 possibles : les Chorégies d’Orange ont retrouvé, samedi 10 juillet, leur vrai visage avec le Samson et Dalila de Saint-Saëns, une production rescapée de l’annulation de 2020 pour cause de Covid-19. Presque comme avant aussi, cette mise en scène digne d’un péplum de Cecil B. DeMille de Jean-Louis Grinda, à l’exception des effets modernes d’un mapping qui étoilera la nuit d’amour entre Samson et Dalila, avant de provoquer dans un déluge de rochers projeté sur le mur du théâtre antique l’effondrement du temple de Dagon sur les Philistins, dont Samson a abattu les colonnes.

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Du plus joué des opéras de Saint-Saëns (quasi contemporain du Tristan wagnérien et du Carmen de Bizet), Jean-Louis Grinda a retenu l’ange – un enfant blond aux ailes lumineuses – qui annonça la naissance du champion des Hébreux opprimés et lui servira de guide tout au long de ce grand « opéra biblique », dont l’argument a été esquissé par le compositeur lui-même à partir du Livre des Juges dans l’Ancien Testament. Réduit en esclavage par les Philistins, le peuple d’Israël aspire à une liberté que Samson, marqué du sceau divin et doté d’une force surhumaine, a pour mission de leur rendre. C’est compter sans l’amour que le héros porte à la belle Philistine, Dalila, laquelle, tout entière dédiée à la cause des siens, finira par lui arracher le fameux secret de sa chevelure. Vaincu, capturé et rendu aveugle par ses ennemis, Samson parviendra à ses fins au prix de sa vie.

Musiciens de premier plan

Costumes hollywoodiens, maquillages et coiffures orientalisantes, grands mouvements de foule liés et ballets – celui de l’acte III, une bacchanale offerte au dieu Dagon, qui appointe le sacrifice d’une jeune vierge, aura des faux airs d’un Sacre du printemps aux fantasmes arabisants –, lumières spectaculaires, le spectacle déploie un sensationnel à bon escient qu’ovationnera le public. Mais le premier mérite de ce Samson et Dalila revient avant tout aux musiciens, orchestre, choristes et solistes, tous de premier plan. D’autant plus remarquable que l’œuvre n’avait pas été présentée au Théâtre antique depuis la production de 1978 avec Placido Domingo et Elena Obraztsova, les Chœurs de l’Orchestre de Paris et l’Orchestre de Paris, sous la direction de Daniel Barenboïm (enregistrement disponible chez Deutsche Grammophon).

Le Samson d’Alagna est
idéal, jamais monolithique, mais au contraire d’une éblouissante subtilité

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