Opioïdes : « Les décès sont évitables pourvu qu’on se dote d’une politique cohérente et efficace en matière de prévention »

Tribune. Tandis que les Etats-Unis ne parviennent toujours pas à sortir de la crise des opioïdes, le Royaume-Uni enregistre un nombre grandissant d’overdoses mortelles liées aux opioïdes légaux comme illégaux. En matière de drogues, le Royaume-Uni donne le « la ». La France et l’Europe continentale ne sont donc pas à l’abri d’une crise des opioïdes de synthèse issus du marché clandestin ou des détournements comme des mésusages des opioïdes prescrits. Or, nous ne sommes pas prêts à affronter une telle crise.

En France, les derniers chiffres de l’année 2019 rapportés par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) font de la méthadone, un médicament de substitution légalement prescrit, la première cause de mortalité par overdose (178 décès), suivie de l’héroïne (114 décès) et de la cocaïne (77 décès). En tout, ce sont 503 décès constatés en 2019, dont 84 % causés par les opioïdes. Et les chiffres de la période de Covid-19 ne sont pas encore connus… Ces décès sont évitables pourvu qu’on se dote d’une politique cohérente et efficace en matière de prévention.

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La naloxone est l’antidote qui permet de neutraliser les effets d’une surdose d’opioïdes et donc de sauver des vies. Pour qu’elle ait un véritable impact de santé publique, elle doit être distribuée en pharmacie sous toutes ses formes (en intramusculaire comme en spray par voie nasale) et disponible dans les trousses de secours des dispositifs d’urgence. En cas d’overdose, ce sont les personnes de l’entourage qui sont les premières à intervenir. Les usagers et leurs proches doivent donc avoir un large accès à la naloxone. C’est un point crucial.

Aujourd’hui, la majorité des victimes d’overdose ne consomme pas des produits illicites mais des médicaments licites, légalement prescrits

Nous regrettons que le gouvernement préfère privilégier des campagnes de « prévention » au cannabis, le plus souvent aussi incantatoires qu’inefficaces (rappelons en outre qu’il n’y a pas un seul décès par an par le cannabis), oubliant trop souvent de développer sérieusement la seule prévention fonctionnelle en termes de vies et de morts d’usagers : celle de la réduction des risques et des dommages liée à la prise de drogues.

Nous avons besoin d’un pilote dans l’avion de la politique de réduction des risques en France. Il faut soutenir les intervenants de première ligne qui sont parfois injustement décriés. Quoi que l’on pense de l’organisation de rave-parties en pleine épidémie de Covid, l’exemple récent d’une association intervenue sur une fête illégale et sommée de fournir des informations sur ses promoteurs sous peine d’une condamnation pénale démontre à quel point l’intervention publique est incohérente.

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