« Oray » : un conte moral mélodramatique sur le dilemme de la foi

Burcu (Deniz Orta) et Oray (Zejhun Demirov).

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Cela commence avec une profession de foi faisant figure de programmation des événements qui constituent le moteur même du récit. Un homme, face à la caméra, énonce le rapport qu’il entretient avec la religion. On apprend par sa bouche qu’après avoir fait de la prison, il a retrouvé dans l’islam tout à la fois une manière de réintégrer la société, en renonçant à la délinquance, et un cadre pour sa vie personnelle et sociale. Cet homme, c’est Oray, un Turc installé, avec son épouse, dans une petite ville allemande. A la suite d’une querelle avec celle-ci, il prononce au téléphone, sous le coup d’une colère consécutive à la volonté de celle-ci de ne plus lui parler, une incantation coranique, « talaq », répétée trois fois et censée signifier sa volonté de la répudier.

Au centre du groupe qu’Oray a rejoint se trouve un imam davantage attaché à une observance plus rigide des principes de la religion

Regrettant immédiatement cette impulsion aux effets désastreux, il tente de recoller les morceaux avec son épouse tout en demandant conseil à un imam qui lui « traduit » les conséquences de sa sortie verbale : un éloignement des époux de deux mois avant les retrouvailles possibles. Il met donc à profit cette injonction spirituelle pour s’installer à Cologne quelque temps chez un cousin et renouer avec d’anciens amis, pour la plupart attachés au respect d’une certaine morale musulmane.

Au centre du groupe qu’il a rejoint se trouve un imam davantage attaché à une observance plus rigide des principes de la religion. Pour lui, le fait d’avoir prononcé trois fois le mot fatal doit à jamais séparer l’homme de son épouse. Perspective pénible pour celui qui, entre-temps, s’est réconcilié avec elle. Oray, dès lors, estime qu’il doit choisir entre cacher, et se cacher à lui-même, la vérité de son incantation ou rejoindre la conviction énoncée lors des premières minutes du film et en tirer une conséquence particulièrement douloureuse.

Refus de la psychologie

Premier long-métrage de son auteur, Oray est une sorte de conte moral mélodramatique mettant en scène la question de la liberté et de la discipline. Si celle-ci libère (l’homme sauvé de ses mauvais penchants par l’islam), elle peut tout autant aliéner (le forcer à une décision qu’il refuse). Le film décrit donc les tourments d’un individu qui s’enferme dans une prison dont il a lui-même forgé les barreaux. Un homme déchiré par ses propres convictions. La mise en scène de Mehmet Akif Büyükatalay et la direction d’acteurs encouragent tout à la fois une réelle empathie envers le personnage principal mais aussi un refus de la psychologie qui laisse ouverte toute possibilité d’interpréter un dilemme finalement imaginaire.

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