Orientation des étudiants : « Les inégalités financières réfrènent les aspirations et privent les territoires de nombreux jeunes talents »

Tribune. Lorsque l’on s’attache à la question de la ruralité et de l’enseignement supérieur, deux constats émergent immédiatement : les lycéens ruraux s’autocensurent et manquent d’informations sur les cursus sélectifs. Une fois le sentiment d’illégitimité combattu et l’information parvenue jusqu’à eux, le départ vers une « grande école » semble à portée de mains.

Mais il s’agirait encore d’avoir les moyens financiers de partir : le budget mensuel moyen d’un étudiant est de 900 euros, selon une étude de l’Observatoire national de la vie étudiante. Et pour les bacheliers de nos territoires, en raison du nécessaire déménagement et des trajets réguliers, les coûts d’entrée dans la vie académique sont encore plus importants. Parfois trop importants pour les futurs étudiants et leurs familles.

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Pour les jeunes des territoires, issus des zones rurales et des villes éloignées des grandes métropoles, les préoccupations financières s’ajoutent alors aux appréhensions de « sauter le pas ». Elles conduisent à privilégier la proximité à l’ambition et l’accessibilité à l’excellence. Comme le souligne Grégory, originaire de Mazamet (Tarn) et désormais étudiant en classe préparatoire à Toulouse, « le financement des études représente une barrière, notamment dans le choix de la ville ».

Un ensemble de solutions

Les inégalités financières réfrènent ainsi les aspirations et privent les territoires de nombreux jeunes talents, tant les départements éloignés des métropoles sont fertiles. Les aides publiques existent, bien sûr, mais elles sont trop souvent insuffisantes. Nous devons donc agir pour rendre les cursus sélectifs réellement accessibles à toutes et tous. Comme le souligne Léa, actuellement en études de médecine après son lycée à Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier), « l’égalité des chances doit permettre à tous les jeunes, et ce, quels que soient leur situation sociale, familiale, leur(s) origine(s), leur lieu de vie, de pouvoir accéder, dans de bonnes conditions, à l’enseignement supérieur ».

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Pour y parvenir, un ensemble de solutions est sur la table. Des pays nordiques proposent des bourses plus importantes qu’en France, comme au Danemark avec près de 6 000 euros en moyenne par an. Des pays anglo-saxons ont mis en place un système de prêts à remboursement contingent, dont le remboursement ultérieur varie en fonction des revenus professionnels de l’ex-étudiant une fois installé sur le marché du travail.

Notre fédération, Des territoires aux grandes écoles, propose, quant à elle, que les élèves boursiers bénéficient de la gratuité des frais de scolarité dans l’ensemble des filières sélectives. Un système de frais progressifs, prenant en compte la situation financière des familles des étudiants, pourrait également y être mis en place. Quelles que soient les solutions choisies ou expérimentées, il faut désormais agir. C’est là « une priorité et un enjeu d’avenir », comme l’a récemment souligné un rapport du Sénat paru en juillet 2021 sur la mission d’information autour de la vie étudiante.

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