Ossem, Lala &ce, Ambre Lise… les rappeuses françaises prennent la prose combat

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Publié aujourd’hui à 00h34

Etre rappeuse, en France, est un parcours du combattant. Si les Américaines ont réussi à s’approprier les codes du gangsta rap et sont devenues, grâce à l’hypersexualisation de leur corps, les patronnes du genre, en France, les rappeuses sont rares à percer. Depuis Diam’s et l’immense succès de l’album Dans ma bulle, en 2006, plus aucune rappeuse n’a réussi à fédérer autant que l’autrice de La Boulette et de son hymne à la « Génération nan nan ».

Aujourd’hui, quelques rappeuses – Chilla, Lala &ce, Shay, Meryl – jouent encore les seconds rôles dans un univers hypermasculin. Au point que le réalisateur Franck Gastambide en a fait le sujet de la deuxième saison de sa série, Validé, sur Canal+ : « Pour une fille qui rappe, c’est beaucoup plus dur de vendre des disques, affirme-t-il. Mais il y a eu Diam’s, on sait que c’est aussi possible. » Possible mais plus difficile.

Ces réticences, Ossem, Ambre Lise, Almä Mango, Brö, Ebony’T, Eesah Yasuke, Eline, Lylice, Soumeya et Zorba les ont aussi entendues. Pour réaliser leurs projets respectifs, elles ont choisi de participer au dispositif Rappeuses en liberté, qui, pendant trois mois, leur a dispensé une formation. Elles donneront un concert au MaMa Festival, à Paris, le 15 octobre, et viennent d’enregistrer un morceau ensemble, Taktik. Ce ne sont pas les seules : Chilla, Davinhor, Le Juice, Vicky R et Bianca Costa vont publier Ahoo, un titre commun dont l’enregistrement est le sujet du documentaire Reines, pour l’amour du rap, de Guillaume Genton, diffusé le 25 octobre sur Canal+. Face aux blocages à leur envie de rapper, les jeunes femmes se rassemblent et s’associent.

Almä Mango, Zorba et Eesah Yasuke répondent à une interview, à leur arrivée à l’université Paris-VIII de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 8 octobre 2021.
Zorba se fait maquiller par sa grande sœur avant le concert de la finale du concours « Rappeuses en liberté », dans la loge mise à disposition par l’université Paris-VIII de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 8 octobre 2021.
Lire le portrait de 2003 : Diam’s, l’émancipation féminine par le rap

Les élues au statut de star du rap sont peu nombreuses, et les candidates de Rappeuses en liberté en ont encore fait l’amère expérience, fin septembre, quand leur intervenant du jour, le journaliste Raphaël Da Cruz a égrainé la liste des invités de son podcast sur l’histoire du rap français pour la radio Le Mouv’. Le duo Ebony’T n’a pu s’empêcher de s’exclamer : « De tous les noms cités, il n’y a qu’une femme, Diam’s. C’est triste ! » Le blog féministe et LGBT+ Madame Rap actualise pourtant la liste des rappeuses dans le monde tous les ans.

« Tu as une sextape ? »

En coulisses, les femmes sont pourtant nombreuses : manageuses de rappeurs poids lourds, comme Anne Cibron pour Booba et Orelsan, Nicole Schluss pour Oxmo Puccino et Jazzy Bazz, directrice de label comme Pauline Duarte, patronne de Def Jam France, puis d’Epic chez Sony Music France… Depuis peu, le site spécialisé Booska-P et la radio Le Mouv’ réalisent même des portraits sous le hashtag « Femmes dans le rap ». Beaucoup de ces professionnelles participent à des actions de mentorat, comme Mewen. « Puisque les hommes ne veulent pas nous donner de la force, il faut qu’on soit ensemble, il faut partager nos projets », résume la rappeuse Vicky R, 25 ans.

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