« Où sont-ils maintenant » : Laura Kasischke à la recherche d’un secret

L’écrivaine américaine Laura Kasischke, chez elle, dans le Michigan, en 2015.

« Où sont-ils maintenant. Anthologie personnelle » (Where Now), de Laura Kasischke, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Doizelet, Gallimard, « Du monde entier », 396 p., 23,50 €, numérique 17 €.

« Laura Laura » : se cognant aux murs, le perroquet de son premier amant a continué, après son départ, à clamer ce prénom – que répètent aussi les invités d’une fête dont elle est l’hôtesse. Laura Kasischke est bien présente, dans Où sont-ils maintenant, « anthologie personnelle » à plus d’un titre. Comme Louise Glück – autre poète américaine, Prix Nobel 2020 –, elle fait place dans ses poèmes à son fils et à son mari, Bill. Ainsi qu’à ses parents morts, l’un en cendres, l’autre enterrée, « là où rien dautre ne peut leur faire de mal ». A elle de transmettre le précieux conseil d’une marraine : « Essaie de rester vivante jusqu’à ta mort. » Car ce « je » omniprésent est là pour rendre compte, plus largement, de l’expérience humaine.

Née en 1961, dans l’Etat du Michigan, où elle enseigne l’art du roman à l’université Ann Arbor, cette écrivaine est appréciée en France pour ses romans hypnotiques et effrayants. Les neuf premiers ont été publiés chez Christian Bourgois, de A Suspicious River (1999) et Un oiseau blanc dans le blizzard (2000) aux Revenants (2011) et à Esprit d’hiver (2013). Elle y dépeint des banlieues lisses du Midwest, dont le vernis peut cacher des drames horrifiques.

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En France, ce n’est que récemment qu’on a découvert son univers non romanesque. Avant son dixième roman, Eden Springs (2018), les éditions lilloises Page à page ont publié, en version bilingue, son premier recueil de poèmes, Wild Brides (1992), sous le titre Mariées rebelles (2016). Une œuvre que l’on peut enfin découvrir plus largement dans une imposante anthologie traduite par Sylvie Doizelet : un parcours rétrospectif dans ses neuf recueils, dont des extraits sont encadrés par deux séries de « Nouveaux poèmes ».

L’imminence d’une catastrophe

Naguère lectrice du Manifeste du surréalisme, Kasischke laisse affleurer et s’associer librement des images venues du subconscient. Il s’agit toujours de la recherche d’un secret. Même si l’écriture des poèmes requiert pour elle une intensité extrême, d’un genre à l’autre, les frontières semblent poreuses : les images sensorielles dans le roman, le fil narratif dans les longs poèmes au rythme heurté par les enjambements.

On retrouve dans l’œuvre poétique la présence des adolescentes de 16 ans, les conflits entre mère et fille. Et, toujours, l’imminence d’une catastrophe redoutée : un enfant perdu de vue dans un grand magasin, un ami qui s’endort au volant, une amie dont une « sorcière » a volé le mari… Mais aussi le recours à des allégories, à des lieux imaginaires ou à la mythologie grecque.

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