« Pandora Papers » : comment les Etats-Unis deviennent un important paradis fiscal

Le Dakota du Sud, connu pour son Mont Rushmore, est récemment devenu un havre d’opacité financière, grâce à ses « trusts ».

Les Etats-Unis sont en passe de devenir l’un des centres financiers offshore les plus importants de la planète. Documents à l’appui, les « Pandora Papers » confirment le constat d’ONG et d’économistes, qui dénoncent le choix politique ambivalent de la première puissance économique mondiale de mener la lutte contre les paradis fiscaux étrangers, tout en laissant prospérer sur son territoire des zones défiscalisées et opaques dans le Delaware, le Nevada ou le Wyoming.

Ensemble, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et le Washington Post ont identifié un quatrième Etat américain qui se livre à un commerce florissant d’immatriculation de « trusts » garantissant l’anonymat : le Dakota du Sud. Le « trust » est une structure fondée sur le secret, qui permet à de riches particuliers de se délester – sur le papier – de leur patrimoine (argent, villas, parts d’entreprises ou œuvres d’art), en le transférant à un tiers de confiance.

Or, selon l’enquête de nos partenaires, fondée sur les archives d’un cabinet de services offshore, Trident Trust, établi à Sioux Falls (180 000 habitants), des dizaines de millions de dollars convergent vers cet Etat américain peu peuplé du Midwest, devenu une destination majeure pour l’argent étranger. Au total, les « trusts » du Dakota du Sud totalisent 360 milliards de dollars (310 milliards d’euros). d’actifs.

Des Bahamas à Sioux Falls

Sans jamais attirer l’attention, le Dakota du Sud a bénéficié à plein de la transparence imposée aux petits paradis fiscaux des Caraïbes, notamment sous la pression des Etats-Unis, pour récupérer d’importantes sommes d’argent. Preuve en est donnée par les « Pandora Papers ».

Ainsi, fin 2018, les Bahamas ont adopté une loi antiblanchiment, obligeant les sociétés et certains trusts à déclarer leurs propriétaires réels. Quelques jours plus tard, les « trusts » de la famille de l’ancien vice-président de la République dominicaine, Carlos Morales Troncoso, s’envolaient des Bahamas vers… Sioux Falls, Dakota du Sud. Sollicitée, la famille Morales n’a pas répondu.

Les « Pandora Papers », c’est quoi ?

« Pandora Papers » est une enquête collaborative menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) en partenariat avec 150 médias internationaux, dont Le Monde. Elle repose sur la fuite de près de 12 millions de documents confidentiels, transmis par une source anonyme à l’ICIJ, provenant des archives de quatorze cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore dans les paradis fiscaux (îles Vierges britanniques, Dubaï, Singapour, Panama, les Seychelles…).

Cinq ans après les « Panama Papers », l’enquête révèle l’ampleur des dérives de l’industrie offshore et de ses sociétés anonymes. Elle montre comment ce système profite à des centaines de responsables politiques, et comment de nouveaux paradis fiscaux prennent le relais à mesure que les anciens se convertissent à la transparence.

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L’ICIJ a par ailleurs recensé plusieurs « trusts » liés à des personnalités sous le coup d’enquêtes judiciaires, ou dont les entreprises ont été accusées de malversations. Parmi eux, Guillermo Lasso, élu président de l’Equateur en avril, qui a créé des « trusts » dans le Dakota du Sud il y a quatre ans. Interrogé, le chef d’Etat a affirmé que tout était « légal et légitime » et qu’il respectait la loi équatorienne, laquelle interdit pourtant aux fonctionnaires de posséder des sociétés offshore.

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