« Pandora Papers » : dans l’entourage de Vladimir Poutine, des fortunes bien dissimulées

Par Jérémie Baruch

Publié aujourd’hui à 18h30, mis à jour à 18h35

Vladimir Poutine est un homme qu’il fait bon connaître. Beaucoup de ceux qui ont croisé sa route ont connu une soudaine fortune quand l’ancien espion du KGB s’est hissé au sommet de l’Etat russe. Pas seulement les « oligarques », ces hommes d’affaires milliardaires qui ont profité des privatisations à marche forcée de l’ère post-soviétique, et qui dirigent aujourd’hui les entreprises les plus puissantes du pays. Mais également des personnages bien moins connus, des intimes du président, dont l’enquête « Pandora Papers » éclaire les trajectoires financières étonnantes.

Les « Pandora Papers », c’est quoi ?

« Pandora Papers » est une enquête collaborative menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) en partenariat avec 150 médias internationaux, dont Le Monde. Elle repose sur la fuite de près de 12 millions de documents confidentiels, transmis par une source anonyme à l’ICIJ, provenant des archives de quatorze cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore dans les paradis fiscaux (îles Vierges britanniques, Dubaï, Singapour, Panama, les Seychelles…).

Cinq ans après les « Panama Papers », l’enquête révèle l’ampleur des dérives de l’industrie offshore et de ses sociétés anonymes. Elle montre comment ce système profite à des centaines de responsables politiques, et comment de nouveaux paradis fiscaux prennent le relais à mesure que les anciens se convertissent à la transparence.

A lire : « Pandora Papers » : plongée mondiale dans les secrets de la finance offshore

  • Le boucher

Peu de gens peuvent prétendre connaître le maître du Kremlin aussi bien que Petr Kolbin. Après une enfance en RDA, il a fait, adolescent, les 400 coups avec Vladimir Poutine, rencontré dans un village près de Leningrad, où leurs deux familles passaient leurs vacances. Du temps de l’URSS, il était boucher. Depuis la perestroïka, son parcours reste teinté de mystère. S’il n’a officiellement jamais dirigé de grande entreprise, et toujours réfuté le qualificatif d’« homme d’affaires », il a été capable d’aligner des millions de dollars pour s’offrir, en 2005, 10 % du groupe pétrolier Gunvor, fondé par un autre de ses amis d’enfance, l’oligarque Guennadi Timtchenko.

Les « Pandora Papers » révèlent une autre opération suspecte de Petr Kolbin. En 2003, il s’est offert la moitié des parts de la société International Petroleum Products Ltd, enregistrée dans les îles Vierges britanniques (BVI), pour la somme de deux millions de dollars (1,7 million d’euros), injectée également depuis les BVI. L’activité de la société offshore, rebaptisée ensuite « LTS Holding », reste à ce jour mystérieuse. Tout juste sait-on qu’elle a reçu 9 millions de dollars en 2009, de la part d’un partenaire inconnu. Et qu’elle est, une fois encore, liée à l’oligarque Guennadi Timtchenko – qui a cédé ses parts à Petr Kolbin après avoir été placé sous sanctions internationales en mars 2014.

Après avoir été placé lui-même sous sanctions, en juillet 2015, Petr Kolbin a transféré les comptes de sa société vers l’établissement russe Gazprombank. Deux ans plus tard, il a transféré la société LTS Holding des BVI vers Chypre, et a cédé ses parts à sa fille.

  • La maîtresse

M. Kolbin n’est pas le seul proche à avoir vu sa vie changer en parallèle de l’ascension politique de Vladimir Poutine. Dans les années 1990, Svetlana Krivonogikh finançait encore ses études à Saint-Pétersbourg en faisant des ménages. C’est à cette période qu’elle aurait noué une relation amoureuse avec le futur président, selon les informations du site d’investigation russe Proekt, démenties par le Kremlin. En 2001, un an à peine après avoir obtenu son diplôme – et après l’arrivée de M. Poutine au Kremlin –, elle se retrouve soudainement détentrice de l’équivalent de plusieurs millions d’euros d’actions de la banque Rossia. Selon la presse russe, elle posséderait aussi des biens immobiliers à Moscou et à Saint-Pétersbourg, un yacht et le domaine skiable Igora, en Russie.

Il vous reste 57.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.