« Pandora Papers » : la nouvelle vie à Dubaï de Philippe Houman, l’avocat suisse de Jérôme Cahuzac

Par Anne Michel , Jérémie Baruch et Maxime Vaudano

Publié aujourd’hui à 06h00

On l’avait laissé à Paris, en février 2018, au procès en appel de Jérôme Cahuzac, quand il expliquait doctement, à la barre, que l’offshore, c’est facile. « Je comprends que le schéma que vous avez devant les yeux laisse perplexe, mais il n’y a rien de très compliqué », avait lancé, faraud, l’avocat suisse Philippe Houman. Celui-là même que le tribunal correctionnel avait qualifié de « cheville ouvrière » du savant montage mis sur pied par l’ancien ministre socialiste du budget pour frauder le fisc. Par le biais de sociétés-écrans aux Seychelles et aux îles Samoa, M. Houman avait permis le transfert de l’argent caché de M. Cahuzac de la Suisse vers Singapour. Sa condamnation en 2016 à un an de prison avec sursis et 375 000 euros d’amende avait été confirmée en appel deux ans plus tard.

Les « Pandora Papers », c’est quoi ?

« Pandora Papers » est une enquête collaborative menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) en partenariat avec 150 médias internationaux, dont Le Monde. Elle repose sur la fuite de près de 12 millions de documents confidentiels, transmis par une source anonyme à l’ICIJ, provenant des archives de quatorze cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore dans les paradis fiscaux (îles Vierges britanniques, Dubaï, Singapour, Panama, les Seychelles…).

Cinq ans après les « Panama Papers », l’enquête révèle l’ampleur des dérives de l’industrie offshore et de ses sociétés anonymes. Elle montre comment ce système profite à des centaines de responsables politiques, et comment de nouveaux paradis fiscaux prennent le relais à mesure que les anciens se convertissent à la transparence.

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Facile, l’offshore ? Trois ans plus tard, les faits donnent raison à l’intermédiaire. Car, malgré le scandale et le tour de vis des lois contre le secret bancaire, la fraude et l’optimisation fiscales, on le retrouve aujourd’hui à la tête d’un business florissant d’administration de sociétés créées dans tous les paradis fiscaux de la planète. Sa petite entreprise, Monfort Capital Partners, est installée à Dubaï, face à l’île de Palm Jumeirah, dans un quartier prisé du flamboyant émirat, hérissé de gratte-ciel d’acier et de verre.

Une seconde patrie, bien moins voyante, pour cet ancien avocat au barreau de Genève spécialisé dans l’administration de sociétés, qui a quitté la Suisse autour de 2009, au moment où le secret bancaire commençait à vaciller. « Après les scandales, beaucoup d’avocats suisses ont renoncé à cette activité offshore. Mais certains ont décidé au contraire qu’elle était porteuse et l’ont poursuivie, analyse Carlo Lombardini, lui-même avocat au barreau de Genève et professeur de droit. Ils se sentent probablement protégés en s’installant dans des Etats lointains. »

Le siège du cabinet Monfort Capital Partners à Dubaï (Emirats arabes unis), en septembre 2021.

Partenaire trop encombrant

A 5 000 kilomètres de la Suisse, Philippe Houman se fait discret. A peine un site vitrine pour Monfort Capital, avec un numéro de téléphone et une adresse e-mail. Certes, l’affaire Cahuzac lui a coûté sa relation avec Mossack Fonseca, le cabinet des « Panama Papers », qui avait préféré rompre les liens avec ce partenaire trop encombrant. Mais les « Pandora Papers » attestent de la vitalité de l’entreprise. En relation avec d’autres cabinets offshore à Chypre, au Panama ou aux îles Vierges britanniques, Monfort Capital a géré ces dernières années plus d’une centaine de sociétés offshore, pour une clientèle internationale diversifiée dont les avoirs se comptent en millions – d’euros, de dollars, de roubles. M. Houman a même directement joué le rôle de directeur dans certaines des sociétés de ses clients, leur évitant ainsi d’apparaître au grand jour.

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