« Pandora Papers » : le roi Abdallah II juge les révélations « inexactes », le Kremlin évoque des informations « infondées »

Les responsables nommés par l’enquête baptisée « Pandora Papers » n’ont pas manqué de réagir. Plusieurs dirigeants, dont le roi de Jordanie, le premier ministre tchèque et les présidents du Kenya et de l’Equateur, ont dissimulé des avoirs dans des sociétés offshore, notamment à des fins d’évasion fiscale, selon l’enquête, publiée dimanche 3 octobre par 150 médias internationaux, dont Le Monde, avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

L’enquête, à laquelle ont collaboré environ 600 journalistes, est baptisée « Pandora Papers », en référence à la légende de la boîte de Pandore. Elle s’appuie sur près de 12 millions de documents confidentiels, qui proviennent des archives de 14 sociétés de services financiers, et a mis au jour plus de 29 000 sociétés offshore.

Lire l’enquête : « Pandora Papers » : du roi Abdallah II à Tony Blair, des dizaines de dirigeants politiques éclaboussés par le scandale
  • La Jordanie dénonce des informations « déformées »

La Jordanie, par l’intermédiaire du palais royal, a dénoncé, lundi, des informations « inexactes, déformées et exagérées », estimant que « la publication par certains médias des adresses de ces appartements et résidences constitu[ait] une (…) menace pour la sécurité du roi et des membres de sa famille ». L’enquête affirme qu’Abdallah II a créé une trentaine de sociétés offshore, c’est-à-dire dans des pays ou territoires à fiscalité avantageuse, par le biais desquelles il a acheté 14 propriétés de luxe aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, pour plus de 106 millions de dollars (91 millions d’euros).

Aussitôt après la publication de l’enquête, des avocats du roi jordanien, cités par la BBC, avaient assuré qu’il avait utilisé sa fortune personnelle et avait eu recours à des sociétés offshore pour des raisons de sécurité et de discrétion.

  • Révélations « infondées » selon le Kremlin

Moscou a qualifié, lundi, d’« infondées » les informations affirmant que plusieurs proches du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, possèdent des richesses dissimulées par des montages offshore.

« Quand il y aura des publications sérieuses, fondées sur des choses ou faisant référence à des choses sérieuses, alors nous en prendrons connaissance avec intérêt », a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

  • Le premier ministre tchèque estime n’avoir « rien fait d’illégal »

Le premier ministre de la République tchèque, Andrej Babis, qui a placé 22 millions de dollars dans des sociétés-écrans qui ont servi à financer l’achat du château Bigaud, une grande propriété située à Mougins, dans le sud de la France, estime n’avoir « jamais rien fait d’illégal ou de mal ». « Mais cela ne les empêche pas d’essayer de me dénigrer et d’influencer les élections législatives tchèques », prévues pour vendredi et samedi, a réagi M. Babis sur son compte Twitter.

  • Le premier ministre ivoirien dément « toute action illicite »

Le premier ministre de la Côte d’Ivoire, M. Achi, qui contrôlait une société aux Bahamas jusqu’en 2006 au moins, dément ce lundi toute « action illicite », selon ses services, qui dénoncent, dans un communiqué, « l’utilisation malveillante qui semble être faite de cette information ».

Ils précisent que, « alors entrepreneur et consultant en stratégie, Patrick Achi a créé en 1996 à Abidjan la société Stratégie et Management Consultants qui est intervenue pour de nombreux clients privés ou publics en Côte d’Ivoire et a toujours rempli l’ensemble de ses obligations légales, fiscales et sociales ».

« Dans la perspective de missions à l’international, que son activité de consultant pouvait impliquer légitimement, une société a été immatriculée en 1998 à l’étranger, avec toutes les formalités légales », souligne le communiqué. « Cette société immatriculée à l’étranger n’a en fait jamais eu aucune activité », selon les services de M. Achi qui affirment qu’il « s’en est donc séparé en 2006 ». Selon eux, « cette société n’a jamais servi de support à la moindre évasion fiscale, à la moindre transaction illicite, au moindre détournement de fonds publics, à la moindre activité illégale ».

  • Le président équatorien assure avoir déclaré tous ses revenus

Le président de la République de l’Equateur, Guillermo Lasso, ancien banquier, a, lui, logé des fonds dans deux trusts dont le siège se trouve aux Etats-Unis, dans le Dakota du Sud, selon l’ICIJ, qui épingle également les présidents du Chili et de République dominicaine.

« Tous mes revenus ont été déclarés et j’ai payé les impôts correspondants en Equateur, faisant de moi l’un des principaux contribuables dans le pays à titre personnel, a assuré dans un communiqué M. Lasso. Tous les investissements réalisés en Equateur et à l’étranger se sont toujours faits dans le cadre de la loi. »

Au total, des liens ont été établis par l’ICIJ entre des actifs offshore et 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan, qui ont créé près de 1 000 sociétés, dont plus des deux tiers aux îles Vierges britanniques.

« Cela démontre que les gens qui pourraient mettre fin au secret de l’offshore, en finir avec ce qui s’y passe, en tirent eux-mêmes profit, a commenté le directeur de l’ICIJ, Gerard Ryle, dans une vidéo publiée dimanche. On parle de milliers de milliards de dollars. »

Pour Maira Martini, chercheuse au sein de l’ONG Transparency International, cette enquête apporte une nouvelle « preuve claire que l’industrie offshore fait le jeu de la corruption et de la criminalité financière, tout en faisant obstruction à la justice ». « Ce modèle économique » fondé sur le secret financier « ne peut plus continuer ».

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Les « Pandora Papers », c’est quoi ?

« Pandora Papers » est une enquête collaborative menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) en partenariat avec 150 médias internationaux, dont Le Monde. Elle repose sur la fuite de près de 12 millions de documents confidentiels, transmis par une source anonyme à l’ICIJ, provenant des archives de quatorze cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore dans les paradis fiscaux (îles Vierges britanniques, Dubaï, Singapour, Panama, les Seychelles…).

Cinq ans après les « Panama Papers », l’enquête révèle l’ampleur des dérives de l’industrie offshore et de ses sociétés anonymes. Elle montre comment ce système profite à des centaines de responsables politiques, et comment de nouveaux paradis fiscaux prennent le relais à mesure que les anciens se convertissent à la transparence.

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Le Monde avec AFP