« Pandora Papers » : les millions envolés des Légionnaires du Christ

Par ICIJ

Publié aujourd’hui à 05h00

En ce 9 juillet 2010, l’heure est grave pour la Légion du Christ. La puissante congrégation catholique, fondée en 1941 par le prêtre mexicain Marcial Maciel Degollado, s’apprête à passer sous la tutelle du Vatican. Le pape Benoît XVI a donné les pleins pouvoirs à l’un de ses plus fidèles lieutenants pour réformer cet ordre religieux, secoué par une décennie de scandales, entre violences sexuelles et détournements de fonds. Parachuté à la tête de la congrégation, le cardinal de Paolis, ancien ministre des finances du Vatican, a une mission claire : enquêter sur les soupçons de crimes sexuels et mettre sur pied une commission pour indemniser les éventuelles victimes, tout en démêlant le tortueux labyrinthe financier de ceux qui ont gagné au fil des années le surnom de « millionnaires du Christ ».

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Peu après son arrivée, l’envoyé du Vatican dresse le constat d’une situation financière « préoccupante ». Ruinée, la Légion du Christ ne pourra pas dédommager les victimes de violences sexuelles à la hauteur de ce qu’elles réclamaient. Ce qu’il ignorait, c’est que, trois jours avant son arrivée, des dirigeants influents de la congrégation avaient posé les premières pierres d’un tortueux montage financier qui allait permettre d’exfiltrer des centaines de millions de dollars vers l’étranger.

Ce lourd secret est révélé, onze ans après les faits, par les « Pandora Papers », une fuite de documents confidentiels sur les paradis fiscaux obtenue par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Les documents examinés par l’ICIJ et ses partenaires dévoilent l’existence de trois structures ultra-opaques en Nouvelle-Zélande liées à la congrégation : l’AlfaOmega Trust, le Salus Trust et le Retirement and Medical Charitable Trust (« fonds de charité pour la retraite et les soins médicaux »).

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Un patrimoine de 270 millions de dollars

Le « trust » est un instrument de droit anglo-saxon pensé pour faciliter la transmission du patrimoine au sein des familles, ou la gestion d’activités caritatives. Mais l’opacité de leur fonctionnement les a transformés en outil privilégié pour la fraude et les manipulations financières.

Ces trois trusts détenaient, en 2017, un patrimoine total de 270 millions de dollars, sous forme d’avoirs bancaires en Suisse et de diverses participations. Parmi elles, une chaîne de cliniques de désintoxication, un fabricant de compléments alimentaires, mais aussi des parts dans Pensam Capital, une firme américaine d’immobilier, connue pour avoir expulsé de nombreux locataires en retard de loyer pendant la pandémie, malgré un moratoire national. D’après les documents confidentiels consultés par l’ICIJ, ces investissements génèrent plusieurs millions de dollars de profits chaque année. Au bénéfice de qui ? C’est là que le mystère s’épaissit.

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