« Pandora Papers » : les mystérieuses affaires d’Eric Fiorile, figure du complotisme français

Eric Fiorile, 66 ans, est une figure déjà ancienne des mouvances conspirationnistes en France.

« Je fais partie de ce tout petit groupe infime, dans chaque pays, des quelques personnes qui ont fait des recherches approfondies sur la situation. En France nous ne sommes que deux ou trois personnes, pas plus. » Sur fond de musique new age, le visage déformé par un filtre jaune, qui débite lentement ces paroles, est celui d’Eric Fiorile. Cette vidéo, mise en ligne le 6 septembre sur la plate-forme Odysee, connue pour héberger les productions de nombre de tenants de thèses conspirationnistes, est l’une des premières que réalise le président du « Conseil national de transition » (CNT) depuis sa libération en juillet, au terme de sept mois de détention provisoire. Si l’homme est connu pour son activisme antigouvernement, les « Pandora Papers » montrent qu’il est aussi adepte de la finance offshore au travers d’une société domiciliée aux Seychelles.

Les « Pandora Papers », c’est quoi ?

« Pandora Papers » est une enquête collaborative menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) en partenariat avec 150 médias internationaux, dont Le Monde. Elle repose sur la fuite de près de 12 millions de documents confidentiels, transmis par une source anonyme à l’ICIJ, provenant des archives de quatorze cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore dans les paradis fiscaux (îles Vierges britanniques, Dubaï, Singapour, Panama, les Seychelles…).

Cinq ans après les « Panama Papers », l’enquête révèle l’ampleur des dérives de l’industrie offshore et de ses sociétés anonymes. Elle montre comment ce système profite à des centaines de responsables politiques, et comment de nouveaux paradis fiscaux prennent le relais à mesure que les anciens se convertissent à la transparence.

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M. Fiorile, 66 ans, a été arrêté en décembre 2020 dans le cadre d’un coup de filet de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) contre les milieux d’extrême droite conspirationnistes. Il était soupçonné d’être proche d’un autre mouvement groupusculaire, celui des « Barjols », qui projetait l’assassinat d’Emmanuel Macron. Il a finalement été placé en détention provisoire pour « détention illégale d’arme de catégorie B » et libéré en attente de son procès.

M. Fiorile est une figure déjà ancienne des mouvances conspirationnistes, actif sur les réseaux sociaux depuis les années 2010 et controversé, y compris dans ces milieux pourtant peu avares en personnages douteux. Avec le CNT, il rêve d’instaurer la « démosophie », un concept de son invention visant à confier le pouvoir à des « dirigeants sélectionnés par des études, puis par concours », qui agiraient sous les directives de « l’autorité suprême », un millier de personnes tirées au sort.

Appel à un « coup d’Etat citoyen »

Le concept, que M. Fiorile diffuse depuis les années 1990 – sa chaîne YouTube comptait jusqu’à 45 000 abonnés avant sa suppression –, lui vaut le soutien de quelques centaines de fidèles prompts à passer à l’action, par exemple en peignant de mystérieux ronds verts sur les trottoirs. En 2015, le mouvement rêvait ainsi à un « coup d’Etat citoyen », un appel qu’il a relancé ensuite en 2016, puis en 2018. En mars 2021, des médecins du Morbihan ont reçu des « sommations » signées du CNT, les menaçant d’être « traduits devant un tribunal militaro-populaire » pour leur rôle dans la politique sanitaire mise en œuvre contre le Covid-19, fustigée par le groupuscule.

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