« Pandora Papers » : une onde de choc mondiale

La nouvelle enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) dont Le Monde est partenaire, sur les secrets de la finance offshore, secoue la planète. De Tony Blair au boucher de Vladimir Poutine, du célèbre chanteur espagnol Julio Iglesias au roi Abdallah II de Jordanie, le scandale des « Pandora Papers », qui éclabousse des centaines de chefs d’Etat, responsables publics, et personnalités du show-business, suscite le malaise dans de nombreux pays. La plupart des mis en cause se réfugient dans le silence et le déni.

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Le ministre des finances sortant Wopke Hoekstra, à son arrivée pour le conseil des ministres au Binnenhof à La Haye, le 24 septembre 2021.

Aux Pays-Bas, un nom est sorti du lot, et pour cause : le dirigeant chrétien-démocrate Wopke Hoekstra est… ministre des finances dans le gouvernement démissionnaire du premier ministre, Mark Rutte, et une figure-clé dans les négociations en cours pour la mise en place d’une nouvelle coalition. Pendant huit ans, ce responsable adepte d’une politique budgétaire intransigeante a détenu des actions d’une société établie aux îles Vierges qui organise des safaris en Afrique, et revendues une semaine avant d’intégrer le gouvernement, en octobre 2017. Le ministre a assuré au quotidien Trouw avoir toujours déclaré ses revenus au fisc néerlandais. Ancien consultant, il a aussi affirmé qu’il ignorait où était localisée la société en question et croyait avoir confié son argent à une start-up misant sur l’écotourisme. Mardi 5 octobre, la presse néerlandaise a cependant révélé que M. Hoekstra avait aussi des parts dans un fonds de pension basé à Guernesey.

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En Belgique, quelque 1 200 noms auraient été identifiés. On n’y trouve pas de politiques, mais des industriels, des membres de la noblesse, des diamantaires, des commerçants, ainsi qu’un animateur de radio et un rappeur. Selon le journal Le Soir, les précédentes révélations de l’ICIJ ont permis aux services fiscaux du royaume de récupérer 635 millions d’euros.

Parmi les quelque 600 noms identifiés figurent, pour le moment, essentiellement des personnalités de la culture et du show-biz, comme le célèbre chanteur Julio Iglesias, âgé de 78 ans, dont la fortune est estimée à 800 millions d’euros, avec une vingtaine de sociétés rattachées à une société fiduciaire créée en 1995 dans les îles Vierges britanniques. Sont également cités le chanteur et acteur Miguel Bosé, comme actionnaire d’une société au Panama ouverte par le biais d’une banque suisse ; l’écrivain et prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa, actionnaire entre 2015 et 2017 d’une société domiciliée dans les îles Vierges ; ou bien encore Pep Guardiola, l’ex-entraîneur du Barça, qui a détenu, à partir de 2003, un compte en Andorre, fermé en 2012 à la suite de l’amnistie fiscale approuvée par le gouvernement de Mariano Rajoy. Le fisc a annoncé qu’il ouvrirait une enquête pour examiner d’éventuelles « responsabilités fiscales et pénales » qui en découlent.

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