Parentologie : comment le Pop It a explosé dans les cours d’école

Chronique. Vous vous souvenez sans doute de la célèbre phrase de Jacques Séguéla : « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a raté sa vie » ? On pourrait aisément la détourner : car aujourd’hui si à 9 ans tu n’as pas un Pop It entre les mains, c’est que tu as un peu raté ta vie d’enfant. Succès des cours d’école, trustant quasiment toutes les premières places du catalogue des ventes de jouets Amazon, cet objet malléable aux formes diverses, pressé dans le silicone, pourrait faire penser à du papier bulle réutilisable.

Comme avec le matériau d’emballage, il s’agit ici de produire des « pop ! » en appuyant sur de petits dômes, creux à l’intérieur. Après avoir rempli leur office sonore, ces demi-bulles sont susceptibles de revenir à leur état convexe initial d’une simple pression du doigt, l’explosion pouvant alors être répétée des centaines de fois. « C’est satisfaisant ! », me dit mon fils pour décrire le plaisir procuré par cette activité, utilisant là une formule que tous les enfants répètent, comme si un kit lexical leur avait été fourni avec l’objet.

Approche ludique de l’existence

Sur la chaîne « Carla fait son show ! », une jeune youtubeuse belge parlant comme une démonstratrice du télé-achat affranchit ceux qui ne sont pas encore au courant de ce bouleversement sociétal : « Hello tout le monde, j’espère que vous allez bien. En tout cas, moi, ça va ! Si vous êtes sur TikTok, vous pouvez savoir que le nouveau jeu à la mode, c’est le Pop It. Mais attends, c’est quoi le Pop It ? Le Pop It est un antistress pour se satisfaire. Et vous pouvez entendre que si je pète une bulle, ça fera moins de bruit que si j’en pète deux, ou trois. »

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Même s’il rappelle une pratique récréative ancestrale qui consiste, à l’issue d’un déménagement, à éclater du papier bulle pour se défaire de l’angoisse qu’on a eu à convoyer de vieux vases de porcelaine, le Pop It vient en réalité d’ailleurs. D’un XXe siècle secoué par d’autres types d’explosions. Avant de devenir le concepteur de ce jeu étonnant, Theo Coster, aujourd’hui défunt, fut d’abord le camarade de classe d’Anne Frank à Amsterdam. Grâce à un changement de prénom et aux bons soins d’une famille catholique qui le cache durant le conflit dans le petit village néerlandais de Vaassen, cet enfant d’origine juive survit à la seconde guerre mondiale.

En 1955, après un long périple au guidon de sa moto Batavus, ce fils d’imprimeur arrive en Israël, où il fait la connaissance d’une enseignante d’arts plastiques qui deviendra sa femme : Ora Rosenblat. En plus d’une famille, le couple crée, à partir de la contraction de leurs deux prénoms, la société Theora Design et se lance dans l’invention de jouets et de jeux de société, dont certains deviendront des succès internationaux, comme le Qui est-ce ?, qui se fonde sur l’esprit de déduction. Cette approche créative, amusée, ludique de l’existence a pour particularité de se prolonger jusque dans les drames que le couple traverse.

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