Parentologie : les enfants rééduquent-ils leurs parents ?

Une des plus grandes bizarreries de la condition de parent pourrait se résumer ainsi : alors que vous êtes persuadés au départ que vous allez apprendre des tas de choses à vos enfants (« Tu vois fiston, le nœud de bonnette, ça se fait comme ça ! »), vous vous apercevez au bout d’un moment que l’enfant a tout autant de choses à vous apprendre, si ce n’est plus. Cette dynamique éducative inversée se nomme reverse mentoring dans les entreprises et recouvre des situations variées, comme lorsqu’un jeune de la génération Z apprend à son N + 1, community manager vieillissant bien qu’en Converse, comment se servir de TikTok. Le phénomène s’impose aussi à l’univers familial, et pas seulement parce que vos descendants savent mieux se servir que vous de toutes les fonctionnalités du smartphone.

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D’une certaine manière, chaque séquence éducative comporte sa part de reverse mentoring. Lorsque vous apprenez, par exemple, à votre enfant à manger proprement, son insistance à maculer vos vêtements de régurgitations vous fait soudain redécouvrir cette insouciance stylistique de vos jeunes années, ces moments précieux où être négligé n’avait finalement pas grande importance à vos yeux tant que vous passiez un bon moment. Vous vous imaginiez être en train d’édifier votre descendance ? Vous voilà renvoyé à l’importance parfois un peu démesurée que vous accordez aux normes vestimentaires. Il s’agit là, incontestablement, d’une sorte de rééducation en miroir. Alors que chaque connaissance imposée de manière trop verticale à votre progéniture fonctionnera comme un préconditionnement de l’expérience, et donc une réduction de liberté, le reverse mentoring viendra offrir un contrepoint salutaire à cette pente éducative autocratique.

Recadrage relativiste

Tout ce que vous avez à transmettre à l’enfant fera alors l’objet d’un recadrage relativiste d’autant plus surprenant qu’il semble inconscient. Quand vous apprendrez au bébé à articuler, vous redécouvrirez, par la même occasion, qu’existent d’autres langages, ceux des yeux, du toucher, de l’émotion pure, dont vous aviez en grande partie oublié la puissance. Sans parler des mille et une nuances de cris. Un peu plus tard, sur les coups de 3 ou 4 ans, les enfants se mettent à vous bombarder de « pourquoi », auxquels s’ajoutent les « comment » et les « quand » : « Pourquoi les nuages ils sont accrochés dans le ciel ? Pourquoi est-ce que je n’ai pas le droit de regarder un film la semaine ? Quand est-ce que la Terre elle s’arrêtera de tourner ? »

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