« Paris 1961 », de Jim House et Neil MacmMaster, et « Ici on noya les Algériens », de Fabrice Riceputi : 17 octobre 1961, questions ouvertes

« Paris 1961. Les Algériens, la terreur d’Etat et la mémoire » (Paris 1961. Algerians, State Terror, and Memory), de Jim House et Neil MacmMaster, traduit de l’anglais par Christophe Jacquet, postface de Mohammed Harbi, Folio, « Histoire », 752 p., 10,90 €.

« Ici on noya les Algériens. La bataille de Jean-Luc Einaudi pour la reconnaissance du massacre policier et raciste du 17 octobre 1961 », de Fabrice Riceputi, préfaces d’Edwy Plenel et Gilles Manceron, Le Passager clandestin, 288 p., 18 €, numérique 13 €.

Les faits sont connus. Il y a soixante ans, le 17 octobre 1961, les Algériens manifestant à Paris pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé furent la cible de brutalités inouïes. Les policiers dirigés par le préfet Maurice Papon frappaient et jetaient des corps à la Seine, faisant des dizaines de morts. Ce fut, dans l’histoire contemporaine en Europe de l’Ouest, « la répression d’Etat la plus violente qu’eût jamais provoquée une manifestation de rue », comme l’écrivent les historiens Jim House et Neil MacMaster dans Paris 1961, leur ouvrage de référence, dont paraît aujourd’hui une réédition augmentée.

Les faits sont connus, mais pas depuis très longtemps. Une chape de plomb a pesé sur l’événement et ses archives, des décennies durant, au temps du refoulement de l’histoire coloniale. Pour faire la lumière sur le massacre, au-delà de textes militants restés confidentiels, ou saisis dès leur parution, tel Ratonnades à Paris, de Paulette Péju (Maspero, 1961), il fallut le travail tenace de Jean-Luc Einaudi (1951-2014), dont La Bataille de Paris (Seuil, 1991) eut un écho retentissant. Sans être historien universitaire, il se livra avec rigueur et patience à la collecte de témoignages et d’archives des deux côtés de la Méditerranée.

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C’est sa volonté de faire exister enfin l’événement dans les consciences que retrace Fabrice Riceputi. Son essai, Ici on noya les Algériens, est une réédition augmentée – elle aussi – du livre La Bataille d’Einaudi (Le Passager clandestin, 2015). En racontant son parcours, l’ouvrage montre quels obstacles furent dressés, sur le plan politique, institutionnel, et même dans le monde savant, à ses révélations.

Echo croissant

Mais, à ces faits connus, qu’apportent les rééditions ici recensées, au-delà d’un effet lié à la date anniversaire ? D’abord, chacun à sa façon, les deux livres relatent l’écho croissant de cette nuit de répression dans les années 2000 et 2010, de façon quasi métonymique, le « 17 octobre » devenant mot de passe pour signifier, au cinéma, dans la presse, mais aussi dans les milieux « décoloniaux », la conjonction de violences policières et de racisme ordinaire dont on dénonce les permanences. Ces usages militants, assumés par Fabrice Riceputi et son préfacier, Edwy Plenel, sont davantage mis en perspective par Neil MacMaster et Jim House, dont le livre souligne également des questions encore ouvertes, les plus intrigantes sur le plan historique.

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