« Parler de “francophonie scientifique” est source de dangerosité politique »

Tribune. L’Agence universitaire de la francophonie (AUF) a tenu son assemblée générale du 21 au 24 septembre à Bucarest, en Roumanie. Comme tous les quatre ans, elle y a présenté sa nouvelle stratégie 2021-2025 sous l’intitulé « L’AUF révélateur du génie de la francophonie scientifique ». L’appellation globale peut prêter à sourire par sa grandiloquence, peu adaptée à une démarche institutionnelle. Mais elle soulève des questions importantes quant à la notion de « francophonie scientifique ». On peut comprendre que, dans son ardeur communicative, l’équipe de l’AUF recherche un positionnement équivalent à celui de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’opérateur politique et diplomatique privilégié de la francophonie institutionnelle. Mais quand on parle de science, l’analogie ne peut valoir.

Si les Etats peuvent, certes, développer des politiques en faveur de la science, aucun ne peut ici prétendre être maître en son royaume, tant la science ne saurait être enfermée dans un espace institutionnel. L’AUF définit elle-même la « francophonie scientifique » comme un concept « identitaire fédérateur, promu et révélé aujourd’hui » (!) ou, plus précisément, comme « un concept qui conçoit les systèmes éducatifs dans leur ensemble, (…) qui prend aussi en considération les passerelles avec les formations professionnelles(…), enfin un concept qui n’oublie surtout pas l’ouverture sur la société civile et l’écosystème entrepreneurial… »

Des systèmes difficilement assimilables

De ce langage alambiqué qui, curieusement, n’évoque pas la science, on comprend qu’il s’agit plus simplement de la continuité et de la cohérence d’un système éducatif et de ses liens avec son écosystème dans ses différentes dimensions. Si tel est le cas, d’une part, on ne voit guère en quoi une définition aussi large (« à vocation fédératrice et inclusive » rajoute l’AUF) concerne spécifiquement la francophonie (institutionnelle), ou la francophonie (et ses différentes pratiques) ou les processus scientifiques.

En effet, le rapprochement ou la comparaison des différents systèmes éducatifs francophones démontrent déjà la difficulté qu’il y aurait à les assimiler, sinon éventuellement par la langue utilisée, encore que celle-ci le soit ou puisse l’être de manière fort diverse. C’est à la rigueur faisable dans les anciennes colonies françaises parce que le système français y a laissé des traces indéniables sur les plans organisationnel, cognitif, pédagogique ou didactique. Mais cela n’a guère de sens pour les autres pays à traditions culturelles différentes, a fortiori lorsque la langue d’enseignement n’est pas le français, quand bien même ces pays appartiennent à la Francophonie institutionnelle ou leurs établissements universitaires à l’AUF.

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