« Paroles de lecteurs » – Le célibat des prêtres devrait être le fruit d’un choix librement consenti

Lorsque j’étais élève dans un collège catholique du Pas-de-Calais, il était obligatoire de se confesser dans le bureau contigu à la chambre du prêtre. L’un d’eux me serra contre lui : « Tu aimes Monsieur l’Abbé ? » Je m’en suis sorti parce que son odeur de tabac – il fumait la pipe – me répugnait et grâce à un horaire de judo qui me permit de prétexter une indisponibilité…

Quelques années plus tard, un notaire – et chacun sait que les officiers publics ne pratiquent pas l’excès – ayant fréquenté le même établissement dans les années 1950, me confia qu’il avait résisté aux avances d’un des clercs (ils étaient une douzaine) et qu’ils étaient « tous pédophiles ».

Le scandale actuel tient à la nature même de l’Eglise catholique : une institution hiérarchique alors patriarcale et si puissante. Une pyramide du silence. Pourra-t-elle renoncer à son essence qui s’articule autour d’une interprétation romaine de la succession apostolique ? Les jeunes religieux en soutane et clergyman d’aujourd’hui n’annoncent-ils pas un nouveau cléricalisme identitaire ?

La lecture de l’ouvrage du docteur Pierre Solignac La névrose chrétienne (1976, éditions de Trévise) m’avait éclairé. La peur, la culpabilité et la domination masculine l’emportent sur le désir, le plaisir et la sexualité qui sont des dons de Dieu et se révèlent des atouts pour vivre et aimer joyeusement. La chasteté, surtout imposée, conduit aux frustrations et aux déviances, c’est une évidence. Les évêques botteront en touche en argumentant que la pédophilie s’étend aux pères de famille et à l’éducation nationale pour s’accrocher au célibat consacré, une discipline ecclésiale tardive inconnue dans les Evangiles, qui devrait être un choix, une liberté et qui s’en trouverait ainsi valorisé.

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1975 : j’entends encore la réponse de Gérard Huyghe (1909-2001), évêque d’Arras, à mon interpellation sur l’ordination de laïcs mariés : « Il faudra attendre que le dernier prêtre ferme les yeux pour que l’Eglise commence à y réfléchir ». Sur ces sujets, de la gouvernance synodale aux ministères, avec humilité et sincérité, le protestantisme a anticipé !

Pierre Kerlévéo, Perros-Guirec (Côtes-d’Armor)

Le Monde