« Paroles de lecteurs » – Sous-marins australiens : les Etats-Unis sont une île !

Dans les grands quotidiens français aussi bien que dans les médias télévisés, on réfléchit de façon franco-française, en évoquant la géopolitique mondiale, l’universalité, l’histoire, les concepts humanitaires. La France est un pays continental. Mais chez les « insulaires » anglo-saxons (Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande), la politique change au gré des contrats, comme l’illustre le Royaume-Uni en cherchant à saborder la France, avec deux objectifs : se soustraire de l’Europe en humiliant la France et s’arroger à tout prix les plus gros contrats, même s’il faut pour cela la poignarder dans le dos, ce qui fait le délice des tabloïds britanniques.

Joe Biden et Emmanuel Macron le 29 octobre au Vatican

Vue des Etats-Unis, l’affaire des sous-marins australiens se résume à une tentative de contourner la France, d’accaparer un contrat de 120 milliards de dollars qui va bénéficier à Lockheed-Martin et créer des milliers d’emplois. Peu importe les moyens, c’est l’argent qui compte. Cette supercherie fera beaucoup de mal à l’Australie qui devra payer deux fois plus cher ses sous-marins, qui n’a pas les moyens de composer avec le nucléaire et qui devra attendre quinze ans de plus pour les livraisons. C’est une catastrophe pour l’Australie.

Il est par ailleurs évident que ce nouveau contrat Aukus [du nom de l’alliance militaire entre l’Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis] pour les sous-marins australiens est loin d’être signé et livré. Si l’Australie a mis fin au contrat du siècle avec la France quand [le premier ministre] Scott Morrison est arrivé au pouvoir, elle pourra aussi bien se réveiller et annuler le contrat avec les Etats-Unis.

J’ai longtemps vécu aux Etats-Unis et deux de mes meilleures amies étaient proches des présidents américains, en particulier Sarah Chayes, dont le père, Abraham Chayes, a conçu le programme politique de John F. Kennedy en 1959 et dont la mère était la numéro 2 du Pentagone sous Bill Clinton. J’ai bien compris que les Etats-Unis sont une île, dont les alliés changent selon la valeur des contrats.

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Il est évident que les Français ne peuvent pas comprendre les insulaires anglo-saxons quand ils appliquent à ces pays la logique française multilatérale. Ils ne saisissent pas qu’aux Etats-Unis, seul l’argent compte. Ce sont des mondes radicalement différents.

Le conflit sino-américain ne porte pas sur une idéologie, il porte sur la richesse et l’argent. Le budget américain de la défense, 750 milliards de dollars, est destiné avant tout à maintenir le dollar américain comme monnaie d’échanges mondiaux. Cela permet aux Etats-Unis d’exporter leur inflation et rapporte, selon mes calculs, environ cinq mille dollars par année à chaque famille américaine. Si le dollar s’effondrait, le déficit commercial des Etats-Unis deviendrait intolérable. C’est tout l’enjeu du conflit des Etats-Unis avec la Chine et avec l’euro.

François Lalonde, Montréal (Canada)

Le Monde