Paroles d’enfants : « C’est pas vraiment un goûter… C’est un petit apéro »

Chronique. Un après-midi d’août, en Bretagne, alors que je m’apprête à réaliser mon plus beau service sur la table de ping-pong du camping, une petite voix derrière moi coupe mon élan :

« Hé ! Tu veux un tour de magie ? »

Je me retourne et découvre un petit garçon, 6-7 ans, cheveux brun foncé et grands yeux assortis qui me regarde avec insistance. Bien qu’un peu déroutée par la proposition, j’abandonne mon match et me prépare pour la représentation. Il est environ 17 heures et il grignote quelque chose. Je l’interroge sur son goûter.

« Ben, c’est pas vraiment un goûter… C’est un petit apéro ! »

Mes excuses. Les pratiques éthylico-estivales des parents sont passées par là.

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« Moi, ce que je préfère pour le goûter, c’est l’ice tea… Et, aujourd’hui, avec le sssorizo. »

Loin de tout jugement quant à cette nouvelle façon d’accommoder le chorizo, je l’observe renverser la quasi-totalité du contenu de son petit sac à dos sur la table de ping-pong. Entre trois jeux de cartes, des élastiques et une baguette magique, il finit par brandir fièrement un gobelet en plastique et une pièce de 20 centimes.

« J’essaie de faire comme si je m’amusais trop toute seule, comme si ce serait trop bien d’être mon ami. » 

« Aloooors… Voilà, j’ai un verre et cette pièce, je vais la passer à travers ! Et là, vous voyez bien, y a pas de trous dedans le verre, hein ! Alors, je vais le secouer… Tap, tap, tap… Et si je secoue encore deux fois… trois fois… cinq foooois… »

Une deuxième pièce tombe de son autre main alors que le suspense est à son comble. Il reste très digne, je fais mine de n’avoir rien vu. Il reprend, fronçant le nez et les sourcils :

« Attention, ça va marcher si je fais… Tap, tap, tap… Un petit bougement de doigt… tap tap tap… Comme cecic et, pfiouuu ! Y a plus la pièce ! Elle a traversé le verre ! »

Eblouie par tant de panache (et faisant abstraction de l’habile manigance impliquant la seconde pièce), je lui demande s’il montre souvent ses tours de magie à ses copains d’école.

« Ben, oui, moi ce que j’aime, c’est quand ça fait des mouvements. [Il fait de grands gestes avec ses bras.] Mais des fois c’est pas facile parce que je suis un peu timide pour me faire des copains. »

Je m’apprête à lui faire part de mes propres difficultés à me lier à mes congénères, quand une douce, mais néanmoins très humide, pluie bretonne s’abat sur notre conversation et nous renvoie sous nos tentes respectives.

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