« Partisan », sur Canal+ Séries : le ver fasciste dans le paradis bio

« Partisan », minisérie de et avec Fares Fares dans le rôle du policier Johnny.

CANAL+ SÉRIES – À LA DEMANDE – MINISÉRIE

De Mademoiselle Julie à Midsommar, d’August Strindberg à Ari Aster, l’été scandinave a toujours été fertile en violence et transgressions. Acteur suédois d’origine libanaise, Fares Fares, qui est à l’origine de la minisérie Partisan, a voulu faire de la saison des récoltes la métaphore d’une autre maturation : celle de l’idéologie héritée du nazisme, dont la résurgence en Scandinavie nourrit aussi bien les peurs collectives que la fiction.

Pour évoquer ce phénomène qui s’est atrocement manifesté en 2011 lors des attentats d’Oslo et d’Utoya, en Norvège, Fares Fares et le réalisateur Amir Chamdin ont choisi l’une des formes les plus éprouvées du genre policier – le trajet souterrain d’un représentant de l’ordre infiltré dans une organisation criminelle d’extrême droite (on a récemment vu à Séries Mania Furia, une série norvégienne qui repose sur le même postulat). Le scénario ne s’écarte jamais beaucoup des conventions du genre, bridant un récit qui trouve malgré tout une certaine ampleur dans l’affrontement perpétuel entre l’idylle campagnarde et la contagion du mal qui transforme ces jours sans fin en cauchemar éveillé.

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Sous le nom de Johnny, un policier (Fares Fares) se fait embaucher dans une ferme où l’on pratique le maraîchage biologique. On comprend dès les premières séquences que Johnny trimballe le traumatisme de la mort de sa fille et que sur l’exploitation ne sont pas seulement cultivées des tomates.

Jeunes corps disciplinés

Isolée (ce qui permet de recourir à l’envi à ce moderne ressort du suspense : notre héros aura-t-il assez de barres de réseau pour prévenir du danger ?), l’entreprise agricole tient à la fois du microcosme (on y reconnaîtra classes et institutions), de la secte et du syndicat du crime. Sous la gouverne d’un couple pervers (Anna Björk et Johan Rheborg), l’argent que rapportent les trafics est utilisé à des fins d’améliorer l’espèce humaine telle que la conçoivent les dirigeants.

La forme que prennent ces figures imposées impressionne plus que les rebondissements

Heureusement, la forme que prennent ces figures imposées impressionne plus que les rebondissements. Pour assurer la pérennité de leur entreprise, les maîtres du lieu y ont adjoint un orphelinat dont la vocation première est d’organiser des spectacles de gymnastique rythmique. L’idée serait absurde si elle n’était pas aussi efficace, ces jeunes corps disciplinés à des fins qui leur échappent évoquant tout autant l’enrégimentement que d’interminables colonnes marchant au pas.

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