« Passé composé », la douce mélancolie d’Anne Sinclair

Livre. Comment parler de soi au plus juste quand on est une icône, enfermée dans une image de papier glacé ? Comment déjouer les préjugés et faire valoir une sincérité, sans que celle-ci soit aussitôt suspecte ? La journaliste Anne Sinclair, qui publie ses Mémoires, Passé composé, admet que l’exercice n’est pas aisé : « Quel besoin de rectifier un profil devenu public ? N’y a-t-il pas une certaine tromperie à vouloir retoucher [le portrait] après coup ? »

L’ex-présentatrice vedette esquisse le sien : enfant solitaire mais choyée, qui écoute les échos de la guerre d’Algérie sur un petit transistor, dans le vieux noyer du jardin ; fille unique entre un père très aimé, mais jamais heureux, et une mère « maussade » et « désœuvrée », avec laquelle les relations sont heurtées ; héritière de Paul Rosenberg, son grand-père, célèbre galeriste à Paris et ami de Picasso ; bourgeoise.

Devenue journaliste par « vocation », elle entre d’abord à Europe 1, par la petite porte, avant d’arriver sur TF1. Sa carrière explose avec « 7/7 » , l’émission-phare du dimanche soir, qu’elle présente entre 1984 et 1997, avant d’y renoncer quand son mari, Dominique Strauss-Kahn, entre dans la « dream team » de Lionel Jospin. Elle a vénéré la radio, mais fait carrière à la télévision, « le spectacle et la pose », le clinquant. Pas dupe, pourtant, de cette « usine à baudruche ». Pas dupe non plus de la notoriété, un « poison subtil qui flatte le narcissisme mais bousille les caractères », et du succès, même si elle confesse s’y être « habituée ».

Une série de portraits

Ses souvenirs sont l’occasion d’une jolie galerie de portraits : Mitterrand ou Gorbatchev, Giscard, qui lui demandait ce qu’elle porterait à l’antenne, Delors, qui annonce sur son plateau qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle de 1995, Woody Allen, que « la vie du monde laisse froid », ou encore une Madonna « insipide » et terne. La journaliste raconte aussi un café au Fouquet’s avec Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly, qui lui jure qu’il sera ministre un jour. « De quoi ? Je m’en fous, mais je serai ministre. »

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Passé composé nous plonge dans une France d’avant, avec ses figures, son langage, ses usages. Une « époque révolue »,« le climat était plus civil, moins porteur d’anathèmes qu’aujourd’hui », avec une autre vision de l’action publique, aussi. La journaliste se souvient du 10 mai 1981, la déambulation de Mitterrand à Château-Chinon, suivi par sa « cour ». Elle et son premier mari, le journaliste Ivan Levaï, emboîtent le pas du vainqueur dans sa chambre, à l’Hôtel Au Vieux Morvan. Le président élu a besoin de « plumes » pour sa déclaration aux Français. Un mélange des genres qui ne serait plus toléré aujourd’hui, elle en convient volontiers.

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