Passe sanitaire à l’hôpital : « Une réflexion profonde s’impose sur la notion d’urgence en santé »

Tribune. La présentation du passe sanitaire est désormais requise à l’entrée des hôpitaux pour les soins sur rendez-vous. Il est précisé que cette mesure ne concerne pas les personnes admises à l’hôpital en urgence – le degré d’urgence étant laissé à la libre appréciation des soignants. Une telle décision suggère qu’il serait possible de procéder à un tri systématique en amont de l’accès à l’hôpital entre ce qui est urgent et ce qui ne l’est pas.

Mais sur quels critères le patient serait-il capable de déterminer que son besoin de soins justifie ou non d’être traité immédiatement ? Interroger ces critères pourrait bien nous être utile au-delà du contexte du passe sanitaire à l’hôpital. En effet, alors que la question de la réorganisation des numéros d’urgence suscite depuis quelque temps déjà un vif débat, cette nouvelle mesure rappelle qu’une réflexion profonde s’impose sur la notion d’urgence en santé.

Des situations hétérogènes

Deux visions de l’aide urgente s’affrontent : d’un côté celle portée par les défenseurs d’un numéro unique « secours » qui ne devrait concerner que ce qui est qualifiable comme urgence vitale évidente, comme les accidents de la route ou les arrêts cardiaques. De l’autre côté, celle du SAMU qui défend le numéro unique « santé » et rappelle qu’une urgence vitale peut tout à fait se dissimuler sous des symptômes qui semblent relever de la médecine générale. C’est pourquoi le SAMU revendique sa fonction de lieu d’orientation dans le système de soins et appelle à ne pas laisser aux patients la responsabilité de décider seuls si leur problème est urgent ou non.

La perspective d’une distinction renforcée entre urgent et non urgent pourrait nous donner un aperçu de l’avenir de notre système de soins si nous laissons la réponse aux besoins de santé se standardiser un peu plus encore

Le SAMU, réservé à l’origine à la « médecine au pied de l’arbre » pour secourir les victimes d’accidents de la route, est aujourd’hui doté d’une double mission de réponse à l’urgence vitale et d’accès à la permanence des soins. Une activité qui, contrairement à la médecine de spécialité, ne repose pas sur un objet de travail clairement défini mais plutôt sur la prise en charge globale des malades, et oscille souvent entre le social et le médical.

On sait que les patients qui sollicitent une aide médicale urgente répondent de situations très hétérogènes. C’est pour cela qu’existe la régulation médicale. Il s’agit, pour apporter le meilleur soin, de procéder à une mise en relation entre des facteurs (âge, symptômes, poly-pathologies…) et des circonstances personnelles. Cet exercice se trouve compliqué par le fait que les usagers fondent leur demande de soins sur la base d’une urgence ressentie. Ainsi, presque toujours, le besoin de résolution d’un problème de santé est urgent.

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