Patrick Artus : « Comment passer du PIB au bien-être ? »

Chronique. Dans l’économie du produit intérieur brut (PIB), on maximise la production, la consommation. Pour cela, l’objectif des politiques économiques est de tirer les prix vers le plus bas possible pour les consommateurs (d’où les délocalisations, le freinage des salaires, la grande distribution et la pression à la baisse sur les producteurs). Mais aucun économiste, contrairement à ce que l’on dit souvent, ne pense que l’objectif de la politique économique peut être de maximiser le PIB : il est de maximiser le bien-être.

Or l’équilibre économique et le partage de revenus sont très différents dans une économie de PIB et dans une économie du bien-être. Les deux différences essentielles concernent les inégalités et les externalités.

Une hausse du revenu accroît davantage le bien-être des personnes dont le revenu est faible que des personnes dont le revenu est élevé (les économistes disent que l’utilité marginale de la consommation est plus élevée quand la consommation est faible). Cela implique qu’une croissance du PIB associée à une hausse des inégalités de revenu conduit à une progression du bien-être plus faible que celle du PIB.

Limiter les écarts de salaires

Si on passe d’un objectif de PIB à un objectif de bien-être, il faut donc empêcher que la croissance augmente les inégalités, et il faut donc éviter la déformation du partage des revenus au détriment des revenus du travail et au profit des revenus du capital, et limiter l’ouverture de l’éventail des salaires. On commence d’ailleurs à disposer de mesures de la croissance corrigée de l’évolution des inégalités de revenu.

La seconde différence entre le PIB et le bien-être vient des externalités négatives associées à la production, donc à la croissance. Il s’agit des conséquences défavorables sur le bien-être collectif de la croissance du PIB.

On a d’abord à l’esprit les externalités climatiques : la croissance est évidemment associée à des émissions de CO2 accrues. En 2021, les émissions mondiales de CO2 vont augmenter de 5 %, et n’être inférieures que de 20 % au niveau de la décennie 2000 ; elles restent bien au-dessus de ce qui correspond aux objectifs climatiques internationaux.

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On pense ensuite à la dégradation de la qualité des emplois dans les pays de l’OCDE : depuis vingt ans, l’emploi dans les services peu sophistiqués (transports, services à la personne, sécurité, restauration, distribution…) a augmenté de 20 % tandis que l’emploi industriel a reculé de 23 % : la croissance a été associée à un report de la demande vers les services simples et au recul de la qualité moyenne de l’emploi.

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