Patrick Drahi veut mettre la main sur Eutelsat

Patrick Drahi, fondateur du groupe de télécoms et de médias Altice, assiste à l’inauguration de l’Altice Campus, à Paris, le 9 octobre 2018.

L’appétit de Patrick Drahi semble insatiable. Après l’annonce, lundi 20 septembre, du rachat du « petit » opérateur télécoms Coriolis pour 415 millions d’euros par son groupe Altice, le milliardaire, déjà présent dans les télécoms, les médias ou le câble en Europe et aux Etats-Unis, veut s’offrir Eutelsat. Cette société française créée en 1977 est le troisième acteur mondial du marché des satellites de télécommunication, proposant notamment des offres d’accès à Internet ou à des milliers de chaînes de télévision.

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A ce stade, l’affaire est loin d’être conclue. Eutelsat a confirmé, dans un communiqué diffusé dans la soirée du mercredi 29 septembre, avoir reçu une proposition de rachat « non sollicitée, préliminaire et non contraignante de Patrick Drahi ». Mais l’entreprise indique l’avoir rejetée et ne pas engager de discussions sur la base de cette proposition, jugée insuffisante. Une décision prise à « l’unanimité » par ses organes de gouvernance, précise-t-elle. Ce choix pourrait tout de même évoluer si le fondateur d’Altice renchérissait.

Alors que le titre de l’opérateur de satellites s’échangeait, mercredi soir, à 10,35 euros, valorisant l’entreprise à 2,4 milliards d’euros en Bourse, Patrick Drahi aurait proposé autour de 12 euros par action. Le cours d’Eutelsat a rejoint ce niveau à l’ouverture de la place de Paris, jeudi matin. L’Etat aura son mot à dire dans les tractations en cours, la Banque publique d’investissement (Bpifrance) étant le premier actionnaire d’Eutelsat, avec près de 20 % du capital. « Nous suivons ça avec la plus grande vigilance », assure-t-on à Bercy.

Secteur stratégique

L’offre de Patrick Drahi intervient alors qu’Eutelsat a souffert en Bourse ces dernières années, après avoir culminé à plus de 32 euros en 2015. Cependant, la cote ne dit pas tout. L’entreprise, qui emploie environ 1 200 personnes dans le monde, a réalisé un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros et un résultat opérationnel de 347 millions d’euros en 2020, et dispose d’importants flux de trésorerie.

Pour un opérateur télécoms, le secteur des satellites devient stratégique. Il pourrait en effet à l’avenir grignoter des parts de marché dans l’Internet à très haut débit, en concurrençant les acteurs historiques dans les zones mal desservies par la fibre et la 5G. C’est dans cette optique que les milliardaires Elon Musk, avec SpaceX, et le patron d’Amazon, Jeff Bezos, investissent actuellement le créneau des constellations de satellites en orbite basse. Eutelsat, lui, a investi 550 millions de dollars (472 millions d’euros, au cours actuel) au printemps pour prendre près d’un quart du capital de la société anglo-indienne OneWeb, pionnière des constellations de satellites.

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