Patrimoine : la résurrection des calques de Mari, mythique cité de Mésopotamie

Calque reproduisant une des fresques de la chapelle 132 sur le site antique de Mari (Syrie). Assis sur un trône en pleine montagne, Sin, le dieu de la Lune, reçoit les hommages de deux personnages de sang royal (avec bonnet blanc sur la tête).

Mythique et maudite. Telle est la double épithète de la cité antique de Mari, située sur l’Euphrate dans l’actuelle Syrie, non loin de la frontière irakienne. S’il faut résumer son histoire en quelques lignes, on dira que Mari est fondée vers 2900 av. J.-C. et qu’elle connaît une première période faste entre – 2500 et – 2300, qui se termine avec sa destruction par l’empire d’Akkad. Celui-ci nomme des gouverneurs, les shakkanakkus, qui rebâtissent rapidement la ville et… prennent leur indépendance. « C’était un royaume très puissant, qui dominait le Moyen-Euphrate, souligne Sophie Cluzan, conservateur général du patrimoine au département des antiquités orientales du Musée du Louvre. Mari contrôlait la route des matériaux » qui reliait le golfe Persique au monde méditerranéen. Ce jusqu’en 1759 av. J.-C., date à laquelle les armées d’Hammurabi de Babylone détruisent la cité.

Mari connaît une troisième vie, archéologique celle-là, après sa découverte par hasard en 1933 lorsque des paysans, voulant inhumer un des leurs, tombent sur une statue antique. La Syrie étant à l’époque administrée par la France, c’est l’archéologue français André Parrot (1901-1980) qui est envoyé sur place. Dès l’année suivante, les vestiges sont identifiés comme étant ceux de Mari. « En 1935-36, André Parrot découvre le palais royal – qui est le seul du début du IIe millénaire que l’on connaisse intégralement – et fouille la chapelle 132 », raconte Sophie Cluzan.

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Situé dans une cour d’apparat, cet édifice revêt une importance particulière dans le schéma du palais, car les visiteurs reçus dans la salle du trône passaient obligatoirement devant. Rien d’étonnant à cela : la chapelle 132 était consacrée à Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre, mais aussi protectrice de la royauté. En la fouillant, on trouve au sol les morceaux de fresques tombés du mur lors de l’incendie qui a ravagé la ville trente-sept siècles plus tôt. Des relevés précis de ces peintures, avec indication des couleurs, sont effectués. Dans les années 1950, à partir de ces dessins, André Parrot fait réaliser, sur deux grands calques, la reconstitution des décors de la chapelle, pour illustrer sa monographie sur Mari.

Réapparition fortuite

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? Parce que tout avait disparu. A commencer par les fragments des peintures, déjà en mauvais état dans les années 1930, transportés au Musée d’Alep dans des conditions inconnues puis stockés dans le sous-sol fréquemment inondé du musée… Quant aux calques d’André Parrot, personne ne savait où ils pouvaient bien être ni même s’ils existaient encore. Jusqu’à ce jour de 2019 où ils réapparaissent fortuitement au Louvre, dont Parrot fut le premier directeur, (mal) rangés parmi des documents sur l’Iran. Anecdotique ? Pas vraiment car, comme l’explique Sophie Cluzan, les peintures d’origine étant probablement retournées au néant, pour les spécialistes « ces calques ont désormais valeur d’originaux ».

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