Paul B. Preciado, la révolution du genre

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Publié hier à 03h01, mis à jour à 16h15

Octobre 2020. Sur la scène d’un auditorium du Centre Pompidou, habillé de noir, la barbe discrète et le regard doux, le philosophe Paul B. Preciado annonce : « La révolution, ça n’est pas demain. Nous sommes dans un présent révolutionnaire. » La salle est pleine, l’événement retransmis sur Internet depuis le musée parisien où se déroule ce séminaire. Son objet ? Raconter une nouvelle « histoire de la sexualité », quarante-cinq ans après la parution du premier tome de l’ouvrage-somme de Michel Foucault. Quatre jours de discussions, de performances et de danse menés par des artistes, des actrices (Nadège Beausson-Diagne et Adèle Haenel), des chanteuses (Mélissa Laveaux et Yseult) et l’écrivaine Virginie Despentes.

Un « cluster antifasciste, transféministe et antiraciste », annonce Paul B. Preciado. Les interventions – retranscrites en écriture inclusive et traduites en langue des signes – se sont déroulées sans heurts. Le plus souvent, dans les débats, tous étaient d’accord. Dans la salle, des jeunes, des Noirs, des Blancs, des personnes trans, des hétérosexuels, des homosexuels. Comme un instantané de cette gauche intersectionnelle, à la croisée de luttes, parfois qualifiée ironiquement de « gauche woke » – « éveillée ». Un mouvement qui hérisse certains et dont Paul B. Preciado, 50 ans, est devenu l’une des figures incontournables.

Samedi 26 juin, beaucoup se retrouveront à la Marche des fiertés à Paris. Il sera présent, heureux de « se connecter à cette énergie collective ». Une manifestation moins festive que les éditions précédentes – eu égard au contexte sanitaire – mais plus « inclusive » que jamais, promettent les organisateurs : lesbiennes et personnes trans sont de plus en plus nombreux et visibles ces dernières années dans les rangs d’un cortège autrefois mené par les militants gay.

Une petite révolution dont le philosophe espagnol, considéré comme l’un des penseurs contemporains les plus importants dans les études du genre, est l’un des acteurs, lui l’ardent défenseur du « transféminisme », qu’il définit ainsi : « Un projet politique non essentialiste, un féminisme radicalement élargi, planétaire, anticolonial et écologique. »

Paul B. Preciado, chez lui à Paris, le 19 mai.

La nouvelle ère de l’inclusion

Cette vision du monde, qui ne veut exclure personne, ni les personnes non blanches, ni les lesbiennes, ni les trans, ni les travailleuses du sexe ou les handicapés, et dont il est le héraut, a longtemps été minoritaire, marginale même. Elle était ignorée jusqu’au milieu des années 2000. Mais, depuis quelques années, la question du genre est devenue centrale, autant dans l’industrie de la beauté que dans l’audiovisuel – des productions grand public comptent des héros et héroïnes crédibles et identifiables (Orange is the New Black, Transparent, Mytho) –, dans le sport, où des athlètes revendiquent le droit de participer aux compétitions « sans discrimination fondée sur leur identité de genre », et dans les facs, où de plus en plus d’étudiantes et d’étudiants indiquent les pronoms par lesquels ils souhaitent être désignés (il, elle, iel).

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