Paul Mirabel, un drôle de zèbre dans un monde de brutes

Paul Mirabel, le 9 juillet 2020, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

En à peine trois ans, Paul Mirabel est devenu l’un des humoristes en vogue. Il a suffi d’une vidéo de sa prestation au Montreux Comedy Festival, mise en ligne en 2020, pour que sa carrière démarre en fanfare. Ces huit minutes de sketch, où les internautes découvrent les mésaventures désopilantes d’un jeune homme timide au calme inébranlable, ont cumulé la bagatelle de 18 millions de vues ! Jusqu’alors, Paul Mirabel, 26 ans, avait écumé les scènes ouvertes et remporté quelques prix dans des concours de jeunes talents. Désormais, il a signé son premier contrat chez Olympia Production et joue, en cette rentrée, au Théâtre des Mathurins, à Paris, dans une salle de quatre cents places.

Son premier spectacle a pour nom Zèbre, comme le drôle de zèbre qu’est cet humoriste-là. Longiligne, blond, allure nonchalante et lunettes rondes, Paul Mirabel fait penser, lorsqu’il arrive tranquillement sur scène, au Grand Duduche de Cabu, ce personnage attachant de lycéen lunaire. La comparaison vaut davantage par l’apparence, que par le caractère. Car l’humoriste est aimable et pas contestataire.

Son flegme est sa marque de fabrique, son autodérision sa force comique

Paul Mirabel ne s’énerve jamais, n’est jamais vulgaire et n’a pas de message particulier. Immobile, il pousse le spectateur à tendre l’oreille pour écouter les déboires d’un garçon déconcerté par ce monde de brutes et d’absurdités. Son flegme est sa marque de fabrique, son autodérision sa force comique. « Un jour, des flics m’ont arrêté. Ils cherchaient de la drogue. Je sais combien ça coûte, alors j’ai cherché avec eux, mais on n’a rien trouvé. » Sans jamais élever la voix, l’humoriste vit son époque et les épisodes de sa vie avec détachement. « Un antivax m’a interpellé alors que je buvais un verre en terrasse. “Monsieur, vous participez à une dictature”, m’a-t-il dit. Je lui ai répondu qu’au pire je participais à l’extinction du sirop de pêche. »

Humour décalé

Prenant son temps, cultivant les silences, ce nouveau chroniqueur sur France Inter, vu au côté d’Agnès Hurstel dans la série Jeune et Golri, s’amuse avec les codes du stand-up. Tentant une interaction avec une spectatrice, Paul Mirabel lâche : « Dans cet échange, c’est moi qui ai peur, j’ai une capacité d’improvisation limitée. » C’est ce genre de contre-pied qui fait rire le public, un public jeune appréciant l’humour décalé de cet ancien étudiant en master business consulting (« Je n’ai jamais compris ce que l’association de ces mots signifiait »).

Paul Mirabel est un stand-upper singulier. Assurément. Son impassibilité a des pouvoirs réconfortants. C’est ce qui fait son charme

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