Pause séries : à Lille les épisodes à l’épreuve du grand écran

Marie Reuther dans la série danoise « Kamikaze », présentée à Series Mania 2021.

La distance qui sépare un festival de séries d’un festival de cinéma a beau être immense, je ne peux pas, arrivé au terme de cette édition de Séries Mania à Lille, m’empêcher de continuer à jouer aux sept différences.

Il y a les évidences : à Cannes, Venise ou Toronto on découvre des œuvres achevées, telles que les recevra le public. A Lille, on voyait les premiers épisodes (deux pour les séries au format 52 minutes, quatre pour les 26 minutes) de projets parfois encore en chantier, comme Jerusalem, chronique policière très sombre, confinée entre les remparts de la Ville sainte. De l’aveu même des auteurs, le créateur et scénariste David Akerman et le réalisateur Ilan Aboody, le montage du premier épisode, qui trimballe un policier rongé par les remords et la corruption de patriarche en rabbin, en passant par l’imam, n’est pas terminé. Le duo cherche encore la meilleure manière de guider le spectateur non initié dans le labyrinthe de Jérusalem.

Une image de la série

Et même lorsque l’œuvre est achevée, que sait-on vraiment au bout de deux chapitres ? La variation sur Hamlet que proposait le réalisateur turc Kaan Müjdeci commence sur un mode hallucinatoire, transposant le fratricide de Shakespeare dans le paysage hivernal et contemporain de l’île des Princes, au large d’Istanbul. C’est une minisérie de sept épisodes, et l’on pourrait s’attendre à ce qu’elle continue sur le même mode, mystique et embrumé. Mais au détour d’une conversation avec le cinéaste (son premier long-métrage, Sivas, a reçu le prix du jury à Venise en 2014), on apprend que la pièce dans la pièce de la tragédie élisabéthaine deviendra une émission de télé-réalité dans la série turque, ce qui implique au moins un changement de tonalité.

Passage risqué sur grand écran

Ensuite, il n’est pas sans risque de sortir une œuvre de son environnement naturel. On comprend tout de suite ce que Lawrence d’Arabie peut perdre à être vu sur un téléphone portable. Mais il arrive que les séries supportent mal le passage sur grand écran. Ce n’est plus une question de technique : les outils utilisés sont les mêmes, du tournage à la post-production. Mais l’attention soutenue qui naît de la projection sur grand écran, dans l’obscurité, fait ressortir des facilités d’expression, des ratés, dans la mise en scène comme dans le scénario, qui auraient pu échapper vues d’un canapé. C’est l’impression que j’ai eue en voyant Furia, polar norvégien présenté en compétition internationale qui met en scène l’infiltration d’un groupe terroriste par les services de renseignement. Le rythme est tendu, les acteurs généralement convaincants, mais la mécanique du scénario est grossière (ce qui arrive aussi au cinéma), au point de m’avoir vite découragé.

Il vous reste 38.66% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.