Pause séries : « Dune » et « Foundation », entre film et série, les sagas choisissent leur écosystème

Salvor Hardin (Leah Harvey) dans la série « Foundation », sur Apple TV+.

Deux semaines après la sortie de Dune, de Denis Villeneuve, dans les salles françaises, le 15 septembre, on découvrait les premiers épisodes de Foundation, sur AppleTV+. Deux œuvres maîtresses de l’âge classique de la science-fiction américaine, le roman de Frank Herbert, paru en 1965, et le cycle d’Isaac Asimov, dont la publication s’échelonna de 1951 à 1993, trouvaient chacune une adaptation. Et comme en écho à la vieille querelle entre le romantisme écologiste d’Herbert et le rationalisme industriel d’Asimov, ces deux versions filmées choisissent leur camp entre cinéma, pour Dune, et série, pour Foundation.

La simultanéité des deux projets issus de textes révérés, comparables par leur ambition, par les moyens dont ils ont disposé, relève en partie de la coïncidence. Dune a déjà été porté à l’écran sous forme de long-métrage, par David Lynch, en 1984 (et le film reste le seul échec esthétique de la carrière de l’auteur), puis sous forme de minisérie, par John Harrison (issu de l’école de Roger Corman), en 2000. Quant à Foundation (on gardera le « u » américain, puisque AppleTV+ y tient), les studios de cinéma se sont succédé à son chevet à travers les décennies jusqu’à ce que le projet de série de David S. Goyer (scénariste entre autres des Batman, de Christopher Nolan) et Josh Friedman trouve le chemin des plateaux.

Similitudes et différences

Il n’empêche qu’on trouvera dans leurs similitudes et leurs différences quelques enseignements sur l’état des formes de la fiction. Que Frank Herbert chante l’épopée de Paul Atréides, le prince devenu prophète, ou qu’Asimov invente pour son héros, le mathématicien Hari Seldon, la science de la psychohistoire, qui permet d’anticiper l’histoire à venir, il s’agit toujours de raconter la chute d’un empire, la fin d’une civilisation. Pas étonnant que le thème, déjà omniprésent sur les écrans, de The Walking Dead à American Nightmare, ait trouvé preneur chez Warner, qui a financé Dune, ou chez Apple.

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Ensuite, ces deux adaptations témoignent, chacune à leur manière, d’un respect certain pour leur matériau. Villeneuve et ses coscénaristes collent à la ligne du récit pendant que la mise en scène donne une matière étonnamment convaincante aux visions presque délirantes de Frank Herbert. Foundation, texte plus ancien, et sans doute d’une force dramatique moindre, avait besoin de quelques stimulants, et c’est ainsi que les personnages principaux – à l’exception de Seldon et du malfaisant empereur – sont désormais tous jeunes et féminins. Goyer et Friedman en ont néanmoins préservé l’architecture intellectuelle qui en fait la singularité : on discerne clairement la pensée d’Asimov sur le déterminisme social et environnemental, le conflit entre rationalisme et religion.

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