Pause séries : en fin de saison, « Ted Lasso » vise la première division

Coach (Brendan Hunt) et Ted Lasso (Jason Sudeikis) dans la 2e saison de « Ted Lasso ».

Au commencement – le premier épisode de la première saison –, on passait une demi-heure avec Ted Lasso, coach de football originaire du Kansas (Etats-Unis) devenu, quasiment par accident, entraîneur de l’AFC Richmond, club de la Fédération anglaise de football. L’ultime épisode de la deuxième saison, mis en ligne le 8 octobre sur Apple TV+, dure plus de cinquante minutes.

Cette inflation répond à une demande : Apple doit à Jason Sudeikis et Bill Lawrence son plus grand succès (dans la mesure où la plate-forme est encore plus avare de chiffres que ses concurrentes), consacré par les sept Emmys décernés aux créateurs et aux interprètes de la première saison, le 19 septembre. Affranchie des contraintes de la programmation linéaire, une plate-forme peut s’autoriser toutes les fantaisies en matière de durée.

L’élasticité temporelle de Ted Lasso tient aussi à la transformation de la série. Cette deuxième saison – dont nous nous apprêtons à révéler nombre de péripéties – n’est plus la comédie gentiment absurde des premiers épisodes. Cet entraîneur des Wichita State Shockers ignorant des règles du soccer est né en 2013 sous la forme d’une brève vidéo humoristique destinée à promouvoir les retransmissions des matchs de Premier League sur le réseau américain NBC. Jason Sudeikis y inventait ce personnage de quadragénaire moustachu et enfantin à l’épais accent du Midwest, incarnation de la bienveillance américaine à l’égard d’une planète que la première puissance mondiale peine à comprendre.

Détours un peu extravagants

Huit ans plus tard, Ted Lasso a divorcé, quitté le terrain au beau milieu d’un match capital pour son équipe, Richmond, et entrepris une thérapie. Et il n’est pas le seul à s’aventurer du côté sombre de la condition humaine. Nate (Nick Mohammed), l’homme à tout faire que l’Américain avait promu au rang d’entraîneur adjoint, est en passe de devenir l’équivalent footballistique de Iago (celui d’Othello, pas celui d’Aladdin). Rebecca Welton (Hannah Waddingham), la propriétaire du club, tente de résoudre son œdipe dans les bras d’un joueur du club, Sam (l’exquis Toheeb Jimoh) de vingt ans – au moins – son cadet. Roy Kent (Brett Goldstein), l’irascible joueur retraité, et Keeley Jones (Juno Temple), la publiciste ambitieuse, tentent de faire durer leur couple…

Il faut de l’espace pour caser tout ce matériau (sans parler de l’éventuelle montée de Richmond en Premier League), mais dix épisodes de trois quarts d’heure étaient amplement suffisants. Or, Apple en voulait douze, ce qui explique l’apparition inattendue, en plein mois d’août, d’un spécial Noël inspiré des films écrits par Richard Curtis (Notting Hill, Love Actually…), au terme duquel Ted et Rebecca apportent un peu de joie aux foyers déshérités de Richmond, puis, quelques semaines plus tard, d’un « bottle episode » (chapitre indépendant du récit) consacré aux mésaventures de Coach (Brendan Hunt), l’adjoint américain et taciturne de Lasso. Cette fois, les créateurs ont pris pour modèle After Hours, la comédie noire de Martin Scorsese.

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