Pause séries : « Scenes From a Marriage » tient ses promesses

Mira (Jessica Chastain) et Jonathan (Oscar Isaac) dans « Scenes From a Marriage », d’Hagai Levi.

On a vite fait de l’oublier, mais si Hagai Levi est principalement connu pour avoir donné naissance à BeTipul, série concept devenue franchise, et série la plus adaptée dans le monde, il est aussi le créateur d’une des plus grandes séries traitant de la séparation apparues lors de ces dernières années.

Sur cinq saisons, The Affair racontait l’agonie sans fin du mariage de la riche Helen (Maura Tierney) et de l’intellectuel Noah (Dominic West), perçue à travers les points de vue des différents personnages. Par sa façon de rendre palpable le fossé qui sépare des personnes qui pourtant s’aiment, ce motif se retrouve quelque peu dans le choix d’Hagai Levi d’inverser les personnages du mari et de la femme dans son remake de Scènes de la vie conjugale, d’Ingmar Bergman, dont le dernier épisode a été diffusé lundi 11 octobre, sur OCS.

Dans ce cinquième volet, qui propulse le spectateur encore un peu plus loin dans le temps – quatre ans se sont écoulés depuis la séparation de Mira (Jessica Chastain) et Jonathan (Oscar Isaac) –, l’espace s’ouvre, enfin. On y voit Mira déjeuner avec son ancien amant Poli (Michael Aloni), lui jurer qu’elle n’a personne dans sa vie en ce moment, puis aller chercher Jonathan à la gare, avant qu’il la surprenne en l’emmenant passer une nuit dans leur ancienne maison, vendue lors de l’épisode précédent.

Un baume après la violence

A l’image du dernier épisode de la minisérie originale de Bergman (tournée en 1973), ce final vient comme un baume, après la violence du précédent. Quittée, licenciée de son entreprise, Mira implorait Jonathan de la laisser revenir auprès de lui. Et voyait dans un rapport sexuel, à la fois passionné et tendre, survenu quelques minutes plus tôt, une preuve que leur amour n’était pas mort. Blessée par la réaction de Jonathan, qui n’y voit qu’un écart sans conséquence, elle l’insulte et le frappe. Avant que les deux signent, sidérés par ce qui vient de se passer, les papiers du divorce.

Pour Hagai Levi, aucune séparation ne peut être source de bonheur

Hagai Levi fait dans ce dernier épisode s’écarter les personnages du chemin que Bergman leur avait tracé. Dans l’original, Marianne (Liv Ullman) et Johan (Erland Josephson) sont tous les deux remariés, pas forcément pour le meilleur, mais ils n’en ont cure. Ils sont « adultes », leurs filles sont désormais autonomes, et ils ne vivent que pour eux-mêmes, et parfois pour ces escapades qu’ils s’offrent à deux, en vieux amants.

Hagai Levi montre qu’en 2021 les choses ne sont plus aussi simples. Mira n’est pas épargnée par la règle sociologique qui veut que les femmes mettent plus de temps que les hommes à reformer un couple après une séparation. Jonathan, l’ex-mari quitté et fou de chagrin, a refait sa vie auprès d’une femme avec qui il a eu un petit garçon, et cette naissance est l’unique raison de leur union. Levi pose un regard plein d’empathie sur cet homme à moitié épanoui, avec lequel il a admis, en interview, avoir des traits communs. Pour Hagai Levi, aucune séparation ne peut être source de bonheur.

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