Pause séries : six ou huit épisodes, que reste-t-il de nos saisons ?

Kathleen Turner et Michael Douglas dans « La Méthode Kominsky », diffusée sur Netflix.

Cent soixante-quatre minutes. Et si l’on enlève les génériques de fin des six épisodes – tâche dont le robot de Netflix s’acquitte avec obligeance –, on doit arriver à deux heures et quarante minutes. La troisième et dernière saison de La Méthode Kominsky, comédie du troisième âge produite par Warner pour la plate-forme de Los Gatos, ne dure guère plus qu’un long-métrage. Si l’on rajoute les deux premières saisons, Sandy Kominsky, le professeur d’art dramatique que joue Michael Douglas, aura vécu à peine plus une demi-journée. On peut y voir un exemple extrême du brutal raccourcissement de l’espérance de vie des personnages de série. Tony Soprano ou Don Draper étaient apparus dans la splendeur de leur jeunesse finissante, on les avait laissés au seuil de la vieillesse six ou sept ans plus tard. Les séries n’offrent plus que de fines tranches de vie.

La doctrine des plates-formes veut que la nouveauté est un attrait plus puissant que la familiarité

Depuis que les feuilletons radiophoniques se sont transformés en épisodes filmés sur les réseaux télévisés américains, les séries ont canalisé, accéléré ou ralenti l’écoulement du temps pour en faire à la fois leur matière première et leur source d’énergie. L’économie du format qui dépendait des rapports de forces entre networks et annonceurs a déterminé la longueur des épisodes (26 ou 52 minutes), le découpage en saisons, et l’incertitude quant à la longévité de chaque série. On pouvait aussi bien revenir pendant des années dans un monde inchangé qu’accompagner les personnages dans leur voyage à travers les âges.

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Pour revenir à Sandy Kominsky, son exemple frappe d’autant plus qu’il est né de l’imagination de l’un des recordmen de la durée, Chuck Lorre. En douze saisons (2007-2019) et 279 épisodes diffusés sur le network CBS, ce dernier a emmené Sheldon Cooper et Leonard Hofstadter, les protagonistes de Big Bang Theory, de l’immaturité aux délices de la vie conjugale. Un record que Lorre a égalé (à quelques nuances près : changement d’acteur principal, évolution minimale des personnages) avec Mon oncle Charlie (2003-2015). Ce n’est pas la difficulté du sujet (les tourments du grand âge) qui oblige le showrunner à se contenter aujourd’hui de 24 épisodes pour conduire (dans la gaieté et les grosses plaisanteries) Sandy Kominsky au bord de la tombe. Ce changement tient avant tout aux exigences des plates-formes, qui occupent aujourd’hui dans l’économie des séries le rôle prépondérant qui était hier celui des networks.

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