Payer au restaurant sans attendre la note : Sunday lève 100 millions de dollars

Les fondateurs du groupe de restauration italienne à succès Big Mamma, Victor Lugger (à gauche) et Tigrane Seydoux, à Paris, le 26 octobre 2017.

L’idée lui est venue « en voyant les QR codes proliférer sur les tables » de restaurant pendant les premiers mois de l’épidémie de Covid-19. Ils permettent alors de consulter le menu, en scannant le code-barres avec son téléphone. « Je me suis dit : “Tiens, on pourrait utiliser ces QR codes pour payer.” Car 100 % des clients détestent payer au restaurant. Ça prend beaucoup trop de temps, raconte Victor Lugger, cofondateur du groupe de restauration italienne à succès Big Mamma.

Big Mamma décide alors de développer au sein de l’entreprise et de tester une solution de paiement, nommée Sunday, qui permette de régler sans faire signe au serveur et sans attendre la note. L’application de paiement étant reliée au logiciel de caisse utilisé lors de la prise de la commande, les convives peuvent, en flashant le QR code, accéder à l’addition, puis la partager à parts égales ou selon les plats de chacun. Pour payer, ils doivent inscrire leurs coordonnées de carte bancaire, comme pour un achat en ligne. « On n’a relevé aucun cas de client parti sans payer, assure M. Lugger. Le fait d’apporter l’addition à la table ne change rien à la possibilité de frauder. »

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L’expérimentation fonctionne. Selon le restaurateur, à Noël 2020, « 80 % des 10 000 clients quotidiens chez Big Mamma payaient avec Sunday ». Les serveurs « adorent », car les pourboires augmentent de 40 %, grâce à des montants présélectionnés sur lesquels les convives peuvent cliquer. Les patrons des restaurants « peuvent faire tourner leurs tables vite » et se voient proposer, pour le paiement, « des tarifs inférieurs » aux commissions bancaires classiques.

« On a été vite surpris par l’ampleur de la demande »

L’équipe décide donc de lancer la société Sunday en avril 2021, installée à Atlanta, aux Etats-Unis, en s’associant à Christine de Wendel, passée par le site de commerce en ligne spécialisé dans le bricolage ManoMano. Ils lèvent alors 24 millions de dollars (environ 20,5 millions d’euros, au cours actuel), font jouer leur réseau et commencent par équiper des restaurateurs qu’ils connaissent. « On a été vite surpris par l’ampleur de la demande », affirme M. Lugger, qui a pris la tête de Sunday. Ses clients vont de la chaîne Hippopotamus au restaurant étoilé de Jacques Faussat à Paris, en passant par Les Tontons Afro à Lille et le Bouillon Pigalle dans la capitale.

L’entreprise, qui compte désormais 170 salariés, entend se développer rapidement à l’échelle internationale

Cinq mois plus tard, Sunday annonce, mercredi 22 septembre, une nouvelle levée de fonds de 100 millions de dollars auprès du fonds d’investissement Coatue, de la société de capital-risque DST Global et d’investisseurs issus du monde de l’hôtellerie, de la restauration et de la tech. La start-up a vendu son bilan prometteur : plus de 1 500 restaurateurs ont été équipés, plus d’un million de clients ont utilisé sa solution pour payer à table et 25 logiciels de caisse sont en cours d’intégration.

Avec cet argent frais, l’entreprise, qui compte désormais 170 salariés, entend se développer rapidement à l’échelle internationale. « Nous avons des demandes à Hongkong, en Russie, au Canada ou en Argentine, souligne M. Lugger. Nous visons de pouvoir nous connecter avec une centaine de logiciels de caisse et des dizaines de millions d’utilisateurs en 2022. » L’usage se développe, mais d’autres acteurs se mettent sur les rangs du paiement à table par QR code, comme la fintech Lyf, créée par le Crédit mutuel et BNP Paribas, qui propose ce service depuis l’automne 2020.