Payer en plusieurs fois, une habitude dangereuse ?

Payer en trois ou quatre fois est devenu un véritable phénomène de consommation, tant à la caisse des magasins d’électroménager ou de téléphonie que sur les sites d’e-commerce. Les Français seraient ainsi 31 % à avoir eu recours au paiement fractionné durant les douze derniers mois, contre 25 % un an auparavant, d’après le dernier Baromètre OpinionWay-Floa sur l’évolution des moyens de paiement, réalisé en avril.

L’opération est simplissime : au moment de régler un achat avec votre carte bancaire, vous demandez le paiement en plusieurs fois. Quelques secondes suffisent pour obtenir l’accord. Pour un paiement en quatre fois, par exemple, vous serez débité le jour de l’achat, puis dans trente, soixante et quatre-vingt-dix jours.

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« Il n’y a pas de profil type d’utilisateur : certains sont des CSP + préférant étaler leurs paiements lorsqu’ils se font plaisir, d’autres des consommateurs au petit budget souhaitant mieux maîtriser leurs dépenses », constate Corinne Hochart, directrice générale de Oney en France. Cet établissement appartenant à BPCE et Auchan propose le service pour 10 000 sites Internet et magasins – des grandes enseignes comme des petits commerces indépendants –, pour des montants entre 100 euros et 3 000 euros.

Taux d’acceptation élevés

Autrement dit, il est possible de régler à peu près n’importe quelle dépense en plusieurs fois, et certains peuvent être tentés d’abuser de cette facilité de paiement. Ce que déplore Olivier Gayraud, juriste à l’association de consommateurs CLCV (Consommation Logement Cadre de vie) : « Le paiement fractionné est octroyé trop facilement, cela favorise la surconsommation et peut mettre certains clients en difficulté financière. »

D’autant qu’il n’y a pas de filet de sécurité pour les paiements fractionnés : remboursables en trois mois, ils n’entrent pas dans le périmètre de la loi Lagarde de 2010 visant à protéger le consommateur en matière de crédit. « En conséquence, l’information précontractuelle est réduite au minimum, la solvabilité du client n’est pas suffisamment vérifiée », souligne le député LRM Philippe Chassaing, qui a remis au ministre de l’économie, Bruno Le Maire, le 19 octobre, un rapport sur la prévention du surendettement. On peut donc réaliser cinq ou six opérations de paiement fractionné dans le même mois…

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Les établissements proposant ce service disent cependant procéder à des vérifications. « Nos algorithmes permettent d’évaluer la solvabilité du client en quelques secondes à partir de deux cents critères comme le panier et l’historique d’achat sur le site, ou le navigateur utilisé », précise Jacques-Olivier Schatz, directeur général de la fintech Pledg, qui propose sa solution de paiement fractionné à quatre cents commerçants. Le compte en banque du client n’est donc pas directement analysé et les taux d’acceptation sont élevés – « de 75 % à 95 % selon les partenaires », observe M. Schatz.

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