Pêche dans la Manche : la France menace de « réduire » la livraison d’électricité à Jersey

L’île Anglo-Normande de Jersey est dépendante de la France pour son alimentation en électricité.

C’était l’un des sujets sensibles lors des négociations sur l’accord du Brexit, ça l’est toujours après sa mise en œuvre : les droits de pêche dans la Manche font toujours l’objet de tensions entre la France et le Royaume-Uni, notamment autour de l’île Britannique de Jersey. Après l’octroi, à la fin de septembre, de 76 licences à des bateaux français – sur 450 demandées par la France –, Paris a haussé le ton, vendredi 8 octobre.

Si la France n’a pas l’intention de « couper le courant à chaque habitant de Jersey cet hiver, réduire les livraisons [d’électricité], c’est possible », a déclaré Clément Beaune, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, sur la chaîne BFM-TV. L’accord obtenu par le négociateur de l’UE, Michel Barnier, sur le Brexit prévoit un « accord d’export sur l’énergie, a-t-il relevé. Donc on peut réguler les flux. Je ne souhaite pas qu’on en arrive là. C’est une des possibilités politiques ».

L’accord post-Brexit, conclu in extremis à la fin de l’année dernière entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition d’obtenir une licence, accordée s’ils peuvent prouver qu’ils y pêchaient auparavant. L’île Anglo-Normande de Jersey a annoncé le 29 septembre l’octroi de 64 licences définitives à des bateaux français (sur les 169 demandées par Paris) et le rejet définitif de 75 dossiers. La veille, Londres avait accordé 12 autorisations supplémentaires dans ses eaux, dans la limite des 6 à 12 milles nautiques de ses côtes (87 demandes lui avaient été adressées).

« Les Britanniques ont besoin de nous »

« Nous avons demandé un peu plus de 450 licences au total (…). On tiendra bon sur les 450 », a martelé le secrétaire d’Etat français. Plus largement, « nous prendrons des mesures ciblées de rétorsion » contre le Royaume-Uni si Londres « continue à ne pas appliquer l’accord » sur le Brexit, a-t-il ajouté, sans préciser s’il parlait de la France seule ou des Européens.

« Les Britanniques ont besoin de nous [Européens] pour vendre leurs produits, y compris de la pêche. Ils ont besoin de nous pour leur énergie, pour leurs services financiers, pour leurs centres de recherche », a noté Clément Beaune. « Sur tout cela nous avons des mesures de rétorsion, des mesures de coopération que nous pouvons moduler, réduire si les Britanniques continuent à ne pas appliquer l’accord », a-t-il dit. « Si les Britanniques ne respectent pas leur part, nous ne ferons pas à 100 % notre part. »

Paris a une nouvelle fois reproché au Royaume-Uni de vouloir masquer les difficultés post-Brexit auxquelles il est confronté en cherchant le « conflit » avec les Européens. « Ils ont raté le Brexit, c’est leur choix et c’est leur échec, c’est pas le nôtre », a déclaré Clément Beaune. « Ça n’est pas en tapant sur nos pêcheurs, en nous menaçant chaque jour, en étant mauvais joueurs et en créant des tracasseries ou des problèmes aux Européens, aux Français, et à nos pêcheurs en particulier, que vous réglerez des pénuries de dinde à Noël », a-t-il lancé.

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Le Monde avec AFP