Pêche post-Brexit : Londres accorde un nombre réduit de licences aux Français, Paris dénonce « des décisions inadmissibles »

Manifestation de navire de pêche français à Saint Helier, la capitale de l’île Anglo-Normande de Jersey, le 6 mai 2021.

Pour les pêcheurs et le gouvernement français, le compte n’y est pas. Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement a dénoncé, mercredi 29 septembre, des « décisions totalement inacceptables et inadmissibles » après le refus des autorités britanniques et de Jersey de délivrer à des bateaux français toutes les licences de pêche demandées.

Ce « sont des décisions qui contreviennent à l’accord qui a été signé dans le cadre du Brexit », a déploré M. Attal à la sortie du conseil des ministres, en assurant comprendre « l’inquiétude » et « la colère » des pêcheurs français. « L’État français restera évidemment aux côtés de ses pêcheurs dans cette discussion », a-t-il insisté.

« Nous allons poursuivre le travail avec la Commission [européenne] et même l’amplifier pour avancer sur ce sujet, et explorer aussi de possibles mesures de rétorsion qui pourraient être prises si l’accord venait à ne pas être respecté », a-t-il ajouté en précisant que « c’est évidemment la compétence de la Commission ».

L’accord post-Brexit conclu in extremis à la fin de l’année dernière entre Londres et Bruxelles prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition d’obtenir une licence, accordée s’ils peuvent prouver qu’ils y pêchaient auparavant.

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Un manque de preuves, selon les Britanniques

Mais, mercredi, Londres a annoncé n’avoir accordé aux bateaux français que 12 licences d’accès à ses eaux sur les 47 réclamées par Paris. Le Royaume-Uni s’est dit ouvert à une discussion plus approfondie sur les licences rejetées, mais il estime que les exploitants des bateaux déboutés n’ont pas apporté de preuves qu’ils pêchaient dans ses eaux avant le Brexit, une condition nécessaire pour continuer à exercer dans la zone de 6-12 milles nautiques, correspondant aux eaux territoriales britanniques.

« Notre approche a été raisonnable et pleinement conforme à nos engagements dans l’Accord de commerce et de coopération (ACC) », a déclaré un porte-parole du gouvernement britannique, faisant référence à l’accord de libre-échange conclu entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne. « En ce qui concerne la zone 6-12 milles nautiques, telle qu’elle est définie dans l’ACC, les navires de l’UE doivent fournir la preuve d’une antériorité d’activité de pêche dans ces eaux », a rappelé le porte-parole du gouvernement britannique.

« La pêche française ne doit pas être prise en otage »

Annick Girardin, ministre française de la mer, estime pour sa part que la Grande-Bretagne ne respecte pas l’accord sur le Brexit. « C’est un nouveau refus des Britanniques de mettre en œuvre les conditions de l’accord sur le Brexit malgré tout le travail entrepris ensemble », a-t-elle déclaré dans un communiqué. « La pêche française ne doit pas être prise en otage par les Britanniques à des fins politiques », a-t-elle ajouté.

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La ministre précise que le gouvernement britannique a délivré au total seulement 100 licences sur les 175 demandées par la France. Londres dit pour sa part avoir accordé des permis de pêche à près de 1 700 navires dans la zone des 12 à 200 milles nautiques et 105 autres licences pour les navires exerçant dans la zone des 6 à 12 milles nautiques à l’appui de preuves d’une antériorité d’exercice.

L’île anglo-normande de Jersey, dans la Manche, a pour sa part annoncé mercredi avoir notifié à l’Union européenne les navires français qui bénéficieront d’une licence de pêche dans le cadre des accords post-Brexit. Elle va accorder 64 licences définitives – qui s’ajoutent aux 47 licences déjà délivrées depuis le début de l’année – et 31 provisoires à des bateaux français pour pêcher dans ses eaux et a en revanche refusé 75 demandes, a annoncé le gouvernement jersiais dans un communiqué.

Début mai, des dizaines de bateaux de pêcheurs normands et bretons s’étaient massés devant le port de Saint-Hélier à Jersey pour défendre leur droit de continuer à pêcher dans ces eaux, provoquant l’envoi par Londres de deux patrouilleurs pendant quelques heures.

Le Monde avec AFP