Pédocriminalité : « Pour se réformer, l’Eglise doit s’appuyer au plus vite sur les laïcs qui sont à son service »

Le président de la Conférence des évêques de France (de dos), Eric de Moulins-Beaufort, à Paris, le 5 octobre 2021.

Alors qu’hier encore elle était reconnue et intégrée à la vie des Français, l’Eglise catholique est lentement devenue un grand corps malade. Faute de sang neuf, faute de lucidité sur l’usure de sa structure.

Mais le 5 octobre, la maladie qui la rongeait a été mise au grand jour. Elle est entrée dans une phase chronique aiguë, car la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) a souligné les nombreuses dérives du ministère du prêtre et de l’évêque, lui aussi prêtre, qui sont les piliers de la gestion pastorale de l’Eglise.

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En effet, les 330 000 victimes de prêtres et de laïcs en font le lieu le plus dangereux pour les enfants, après la famille. Et la dissimulation des évêques – encouragée, sinon imposée par Rome – alourdit la faute. Désormais la confiance est perdue, la parole épiscopale n’est plus que de la fausse monnaie. Et la souffrance est dans tous les membres de ce corps : chez les victimes d’abus, chez les prêtres, chez les fidèles…

Reprendre le chantier depuis ses fondations mêmes

Dans cette souffrance, il y a tantôt de la sidération, tantôt du déni, souvent de la colère. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, dont Twitter, la colère monte, et vite. On savait l’Eglise catholique lente, mais on découvre des catholiques rapides. On les voit, en quelques jours, passer de l’accablement à la colère, puis à l’expression de leur volonté de changement (#AussiMonEglise).

Ce qui les heurte, c’est la contradiction foncière entre le dire et le faire. Le philosophe Damien Le Guay rapporte ainsi, dans une tribune au Figaro, une interrogation du président de la Ciase, Jean-Marc Sauvé : « Comment une entreprise de salut peut-elle porter une œuvre de mort ? » D’autant plus que les évêques ont réussi en peu de jours à coaguler les sujets de mécontentement : ils veulent indemniser les victimes sur une base forfaitaire, ils demandent aux fidèles de mettre la main au porte-monnaie, et ils ouvrent un conflit contre-productif avec la République à propos de la confession. Pourtant, ni la Conférence des évêques de France ni Rome n’évoquent le moindre changement de la structure de l’institution.

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Alors, si les évêques – et le pape ? – ne veulent pas réformer, les catholiques sont-ils prêts à le faire ? Et si oui, le peuvent-ils ?

Les réactions semblent partagées. Les « cathos culturels » ont la main sur la porte de sortie. Mais ceux qui s’appuient sur des convictions fortes affichent leur désir de reprendre le chantier depuis ses fondations mêmes. L’argument théologique est simple : l’Eglise s’est construite sur un innocent crucifié, celle de demain doit l’être sur l’expérience même des victimes innocentes. Les plaies dans lesquelles elles invitent à mettre les mains sont la sacralisation du prêtre – cette dérive théologique qui laisse croire que Dieu est complice de l’abus –, une masculinité omnipotente et arrogante qui favorise les violences sexuelles, et le pouvoir absolu des évêques.

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