« Pénuries de composants, usines bloquées, ports asphyxiés : la mondialisation est au bord de la thrombose »

Dans un magasin Nike à New York (Etats-Unis), le 9 août 2021.

Pertes et profits. La crise sanitaire nous interdit de voyager, mais elle nous fait faire des progrès en géographie. Et toucher du doigt les effets de la mondialisation. Quand les autorités vietnamiennes ont contraint le groupe sud-coréen SangShin à fermer ses usines d’Ho Chi Minh-Ville en raison de la recrudescence de l’épidémie de Covid-19, l’information n’a pas fait la « une » des journaux, pas plus que l’arrêt dans le même pays des établissements du taïwanais Pou Chen.

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Ils sont pourtant parmi les principaux fabricants des baskets Nike. La marque américaine a annoncé, vendredi 24 septembre, que les difficultés de ses fournisseurs asiatiques allaient compromettre ses ventes pour les mois prochains. Il n’y aura pas assez de baskets pour tout le monde à Noël. Le groupe, qui s’attendait à une hausse de ses ventes de 15 % pour la fin de l’année, a sérieusement révisé ses espérances à la baisse, à pas plus de 5 %.

Embouteillages indescriptibles

D’autant que ses misères ne s’arrêtent pas à la porte des usines mais qu’elles s’étendent aussi aux ports et aux bateaux. Quarante jours suffisent d’ordinaire pour acheminer vers l’Europe et l’Amérique ses conteneurs remplis de Converse, Nike et autres Jordan. Il en faut désormais quatre-vingts, du fait des embouteillages indescriptibles qui ralentissent les opérations d’embarquement et de débarquement des marchandises. Pénuries de composants, de personnel, usines bloquées, ports asphyxiés, la mondialisation est au bord de la thrombose. Et Nike illustre à lui seul la complexité et les limites de ce système.

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Avec près de 45 milliards de dollars de chiffre d’affaires, la firme est le premier équipementier sportif mondial. Pour fabriquer ses chaussures, il fait travailler 1,2 million de personnes dans 458 usines dans le monde. Mais sur ce total, seules 5 000 personnes travaillent dans des ateliers situés aux Etats-Unis. L’écrasante majorité des emplois industriels de Nike est située chez des sous-traitants en Chine, en Indonésie et au Vietnam. Dans ce seul pays, le plus important pour lui, près de 500 000 personnes fabriquent des produits Nike (dont 80 % de femmes), cent fois plus qu’aux Etats-Unis, son plus gros client. Locavores, évitez les baskets.