« Pénuries de médicaments : à quoi jouent les labos ? », sur France 2 : notre santé sous l’influence

L’amoxicilline, produit massivement en Chine, fait partie des antibiotiques très prescrits à l’hôpital.

FRANCE 2 – JEUDI 9 SEPTEMBRE À 22 H 55 – DOCUMENTAIRE

« Je ne peux pas supporter l’idée que mon mari soit décédé parce qu’il y avait une rupture d’approvisionnement », martèle Claudette. Son époux, Michel, est mort brutalement en 2016, au CHU de Nantes, alors qu’il était soigné pour un cancer du sang. Il avait reçu une molécule de substitution au médicament prévu pour cause de rupture de stock momentanée.

« Combien de patients sont-ils privés du meilleur traitement pour se soigner ? », demande Julie Lotz, journaliste indépendante, pour le magazine hebdomadaire d’investigation « Complément d’enquête », de France 2. Anti-infectieux – dont des antibiotiques –, médicaments du système nerveux (Parkinson, Alzheimer…), anticancéreux… En France, un malade sur quatre a déjà été confronté à une pénurie de médicaments. Selon l’association de consommateurs UFC-Que choisir, 2 400 médicaments auraient manqué en 2020, soit quatre fois plus qu’en 2016, année du décès du mari de Claudette.

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En dépit des nombreuses alertes des professionnels de santé et d’un plan conçu en 2019 par Agnès Buzyn, alors ministre de la santé, cette situation dramatique s’aggrave d’année en année. Pourquoi manque-t-il des médicaments dits « d’intérêt thérapeutique majeur » (pour lesquels le pronostic vital des patients peut être engagé en cas d’interruption) ?

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Recherche de rentabilité

La recherche maximale de rentabilité a conduit les laboratoires, d’une part, à délocaliser massivement la fabrication de la matière première des médicaments, notamment en Asie, moins chère ; d’autre part, à organiser eux-mêmes la pénurie afin de faire exploser les prix et donc, leurs bénéfices. Les stratégies commerciales de l’industrie pharmaceutique provoquent « un problème mondial depuis une dizaine d’années et affectent de plus en plus l’Union européenne, avec un impact significatif sur les soins aux patients », selon l’Agence européenne du médicament.

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Avec les délocalisations massives, les soignants sont parfois à la merci d’un seul fournisseur, qui ne possède qu’une seule usine, elle-même faillible. Julie Lotz s’est rendue dans ces pharmacies hospitalières, qui ont connu, en ces temps de SARS-CoV-2, de graves pénuries de curare, substance indispensable pour intuber les patients en détresse respiratoire. Elle conte l’histoire de Marc, qui vit avec une poche à urine depuis l’ablation de sa vessie à la suite de pénuries répétées de son traitement contre le cancer. Elle pointe du doigt la passivité du gouvernement français.

Les témoignages de l’urologue Marc Colombel et de la biologiste Eliane Mandine, ex-employée de Sanofi, sont accablants. « Un laboratoire qui réalise 80 % de son chiffre d’affaires grâce à la Sécurité sociale en France a-t-il le droit d’abandonner des traitements essentiels ? », interroge la documentariste. Une question à laquelle Sanofi, qui a versé quatre milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires début 2021, s’est bien gardé de répondre.

Pénuries de médicaments : à quoi jouent les labos ?, documentaire de Julie Lotz (Fr., 2021, 52 min). Disponible sur France.tv.