Pénuries et arrêts de production sèment la zizanie dans la filière automobile française

Finalement, tout le monde s’est bien tenu lors de la journée de la filière automobile, cette grand-messe tricolore organisée par la Plateforme Automobile (PFA), qui s’est déroulée mardi 26 octobre à Paris. Pas d’éclats ni d’invectives de la part du millier de participants à l’événement… C’est presque un miracle, car la filière automobile est traversée de tensions d’une intensité rarement connue dans la profession. Cette zizanie voit s’opposer les grands constructeurs, leurs sous-traitants et la puissance publique, chargée de donner un cadre à une activité essentielle pour le pays. Le secteur représente 400 000 emplois en France pour la seule partie industrielle amont (conception, production, etc.).

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« L’automobile vit une crise profonde liée au Covid. C’est la seule industrie à n’avoir pas redémarré, résume Luc Chatel, le président de la PFA. Les ventes ont baissé de 20 % en septembre, les usines tournent à 60-70 % de leur capacité. Et tout cela se produit au moment où l’automobile doit engager une transition historique vers le véhicule électrique. »

Ce qui rend particulièrement aiguë la discorde actuelle, c’est d’abord la brutale crise productive liée à la pénurie de composants – en particulier les semi-conducteurs – et à la hausse générale des coûts des matières. « Cela génère immanquablement des frictions entre les acteurs de la filière », note M. Chatel.

« Guérilla judiciaire »

La première des tensions se cristallise donc entre les constructeurs et leurs sous-traitants. Rares sont ceux qui montent au créneau. Pas question de fâcher un client aussi important que Renault ou Stellantis. Mais les reproches fusent. En particulier celui de couper les commandes du jour au lendemain. « Un constructeur nous a prévenus hier qu’une usine d’assemblage, que nous livrons, allait s’arrêter aujourd’hui jusqu’à la fin de l’année, a témoigné François Liotard, du groupe Lisi, qui fabrique des systèmes de fixation. Les trésoreries sont en grande souffrance. »

Même Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, qui clôturait la journée, y est allé de son anecdote. « Je vois défiler dans mon bureau des sous-traitants de premier rang, deuxième rang, troisième rang, et des constructeurs, a-t-il raconté. Les uns ne comprennent pas que les fournisseurs se plaignent. Les autres me disent : “Surtout ne donnez pas mon nom, mais c’est vraiment abominable ce que me font vivre les grands constructeurs.” La vérité doit être entre les deux. Et la vérité, c’est que ça ne va pas ! »

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Un équipementier français, Novares, spécialiste des composants plastiques, a choisi de mettre les pieds dans le plat à la mi-octobre, réclamant plusieurs dizaines de millions d’euros de dommages et intérêts à ses clients. « Nous avons dénombré 2 000 arrêts de production client soudains depuis le début de l’année, et une grosse centaine avec un préavis inférieur à quarante-huit heures », a dit Pierre Boulet, le directeur général, dans une interview à Reuters.

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