« Perfetti Sconosciuti », « Intouchables », « La Piscine »… Tel un raz-de-marée, les remakes inondent le monde

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Publié aujourd’hui à 00h00

« Bravo pour votre remake de Perfect Strangers ! Pourriez-vous me transmettre les coordonnées du réalisateur du film original, s’il vous plaît ? » Ce genre de courriel a le don d’agacer Paolo Genovese. Il faut dire que le cinéaste romain en reçoit de plus en plus. Car c’est lui, l’auteur de l’original, Perfetti Sconosciuti (« parfaits inconnus », en français), une comédie dramatique sortie en 2016. L’histoire d’un groupe d’amis qui s’échangent, le temps d’un dîner, leurs téléphones portables. Et découvrent, ce faisant, leurs secrets les mieux gardés… A ce jour, 21 remakes en ont été tirés, du Mexique à la Pologne, de la Hongrie à la Turquie. De quoi en perdre son latin. Et le propulser dans le Livre Guinness des records, catégorie « film le plus refait de l’histoire ».

Perfetti Sconosciuti n’est qu’une goutte d’eau au milieu d’un océan de remakes. Ce raz-de-marée touche aussi bien le cinéma que les séries, les films d’auteurs que les formes plus commerciales. C’est CODA, l’adaptation américaine de La Famille Bélier (2014), qui rafle en février deux trophées au festival de Sundance, avant de débarquer le 13 août sur la plate-forme Apple TV. C’est la série espagnole La Casa de Papel, qui s’apprête à être transposée en Corée du Sud. C’est Parasite, la Palme d’or 2019 de Bong Joon-ho, qui devrait donner lieu à une mini-série pour la chaîne américaine HBO. Neuf des douze nouvelles séries diffusées par TF1 en 2021 ne sont-elles pas des adaptations ?

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Nous serions tous de « parfaits inconnus », y compris pour nos proches, suggère le film de Genovese… Sur les écrans, ce serait plutôt l’inverse : les personnages de fiction distillent un air de plus en plus lancinant de déjà-vu. Vous pouvez ainsi, un jour, regarder Your Honor, avec Bryan Cranston, l’acteur principal de Breaking Bad, sur Canal+. Et découvrir le lendemain, devant Un homme d’honneur avec Kad Merad sur TF1, qu’il s’agit strictement de la même histoire. Les deux étant des adaptations de Kvodo, une série israélienne…

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Le remake comme psychanalyse

Retour à Rome. Luca Guadagnino, 50 ans, donne rendez-vous dans les salons de l’hôtel Locarno, un palace hors d’âge. A son actif, deux authentiques remakes : A Bigger Splash (2015), d’après La Piscine (1969) de Jacques Deray, et Suspiria (2018), d’après le thriller homonyme, réalisé par Dario Argento en 1977. Un troisième est dans les tuyaux, Scarface. Scénarisée par les frères Coen, la version de Guadagnino s’ajoutera à celles d’Howard Hawks (1932) et de Brian de Palma (1983). « Bien sûr, certains font des remakes pour des raisons strictement mercantiles : “Ça a déjà marché, ça remarchera”… On minimise la prise de risque, convient le Sicilien. Pour ma part, j’aime me confronter à des œuvres qui m’ont marqué très jeune, au moment où se formait ma sensibilité. Ce sont, si vous voulez, des remakes intimes, qui creusent un trauma presque freudien, une vieille obsession. »

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