Pétrole : l’impossible équation de Joe Biden

Dans une rue de Washington D.C. (Etats-Unis), le 7 octobre 2021.

En un an, le prix du baril de pétrole au Texas a doublé pour dépasser 80 dollars (environ 69 euros), celui de l’essence à la pompe a augmenté de moitié, tandis que la facture de chauffage au gaz des Américains devrait augmenter de 30 % cet hiver, selon les prédictions de l’EIA (Energy Information Administration). L’envolée des prix de l’énergie, en pleine crise post-Covid, tourne au casse-tête pour le président, Joe Biden : d’abord, il rogne le pouvoir d’achat des ménages américains, qui reprennent leur voiture pour se rendre au travail ; ensuite, il fait augmenter l’inflation, qui atteignait 5,4 % sur un an en septembre, ce qui accroît le risque d’une hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale. Autant de complications à un an des élections de mi-mandat.

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Dans ce contexte, M. Biden cherche à obtenir une baisse des prix de l’énergie. Cet été, il a tenté de faire pression sur l’OPEP et la Russie pour qu’ils augmentent leur production de pétrole, sans succès jusqu’à présent. La ministre de l’énergie, Jennifer Granholm, a envisagé, avant de se raviser, pour l’instant, de débloquer de stocks stratégiques, mais ceux-ci sont plutôt réservés aux catastrophes − l’arrêt des raffineries du Texas en cas d’ouragan majeur −, et un prix du baril au-delà de 80 dollars n’a rien de vraiment exceptionnel. Une troisième piste a été d’interdire les exportations d’hydrocarbures, comme ce fut le cas entre 1975 et 2015.

Incertitudes économiques et juridiques

En réalité, Joe Biden est pris en tenailles, entre sa politique en faveur de la sortie des énergies fossiles et la réalité de terrain. A son arrivée à la Maison Blanche, le président a bloqué le pipeline Keystone XL qui devait acheminer le pétrole de schiste canadien vers le golfe du Mexique, suspendu ou obtenu la suspension des permis d’exploration off-shore ou en Alaska, et annoncé, dans le cadre du retour des Etats-Unis, dans l’accord de Paris sur la réduction des gaz à effet de serre, la neutralité carbone du pays d’ici à 2050. Résultat, cette guerre contre les pétroliers, faite d’incertitudes économiques et juridiques, commence à porter ses fruits. La Maison Blanche a pris contact avec les producteurs de pétrole, ce qui fait ricaner le Wall Street Journal (WSJ): « Tout d’un coup, Biden aime les prospecteurs de schiste. »

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Les producteurs de gaz et de pétrole de schiste n’ont pas pris le relais pour se mettre à produire immédiatement en dépit de l’envolée des cours. « On ne va pas courir après les prix. On sait qu’on ne peut pas tabler sur 80 dollars pour l’éternité. Lorsque le pétrole coulera, ce sera 60 dollars », a expliqué au WSJ Ryan London, PDG de la firme du Colorado, Tap Rock Resources. Depuis une dizaine d’années, ces petits indépendants et leurs actionnaires sont échaudés : ils ont produit à l’excès, en s’endettant, et n’ont jamais vraiment gagné d’argent. « Des investissements excessifs ont conduit à des profits trop faibles. Je ne vois pas un scénario où on reviendrait à des dépenses de folie », a confié au WSJ Chris Wright, PDG de Liberty Oilfield.

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