Pétrole : l’OPEP+ annonce qu’elle n’augmentera pas significativement la production, les prix s’envolent

Les Etats membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs alliés (qui forment ensemble l’OPEP+) ont choisi, lundi 4 octobre, de reconduire leur stratégie d’augmentation modeste de la production d’or noir, propulsant les prix vers le haut.

« Compte tenu des fondamentaux actuels du marché pétrolier (…), l’OPEP+ a confirmé l’ajustement à la hausse de la production globale mensuelle de 400 000 barils par jour pour le mois de novembre », a annoncé le cartel dans un communiqué publié à l’issue d’un sommet éclair tenu en visioconférence.

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Les 23 membres de l’alliance, qui laissent encore quotidiennement près de 5 millions de barils de brut sous terre, ne semblent donc pas pressés de les remettre sur le marché malgré la surchauffe des prix. Les cours élevés, avoisinant les 80 dollars le baril, sont une bénédiction pour les finances des producteurs malmenés au plus fort de la crise du Covid-19. Pour autant, un pétrole cher pourrait aussi les mettre dans l’embarras, tant il alimente l’inflation et menace la reprise d’économies à la convalescence fragile, un danger sérieux pour la demande à moyen terme.

Dans une récente étude, les analystes de Morgan Stanley estimaient que le seuil de 80 dollars le baril marquait l’entrée dans une zone de « destruction de la demande ». Mais ce risque a été mis de côté, en tout cas pour l’instant.

Les cours du pétrole au plus haut depuis 2014

Les marchés, qui espéraient une accélération de la cadence de production, ont fortement réagi à cette décision. Les deux références du brut de part et d’autre de l’Atlantique, le WTI américain et le brent de mer du Nord, ont temporairement gagné plus de 3 %. En atteignant respectivement 78,38 dollars et 82 dollars, ils retrouvaient des sommets qu’ils n’avaient plus atteints depuis respectivement novembre 2014 et novembre 2018. En juin 2020, le baril de brent de mer du Nord s’échangeait autour de 35 dollars (environ 30 euros), après être tombé sous la barre des 20 dollars durant la première vague de Covid-19 et les confinements du printemps.

De nombreux acteurs et observateurs tablaient sur une augmentation plus forte de la production, tant la hausse des cours, qui a été importante ces dernières semaines, peut désormais représenter une menace pour la reprise de certaines économies. C’était le sens de l’appel lancé par l’administration de Joe Biden dès le mois d’août : son conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, avait notamment expliqué que l’OPEP+ n’en faisait « pas assez ».

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Le ministre irakien du pétrole Ihssan Ismaïl, cité par l’agence de presse étatique, a évoqué en septembre un objectif de prix d’environ 70 dollars. Or dans la situation actuelle, Goldman Sachs voit plutôt le brent s’envoler vers les 90 dollars d’ici à la fin de l’année.

Vu la situation, l’OPEP+ « ne peut plus prétendre qu’elle œuvre à la stabilisation du marché mondial du pétrole », affirmait lundi à l’Agence France-Presse Bjarne Schieldrop, analyste de Seb. « Le chaos actuel sur les marchés mondiaux du charbon et du gaz naturel ne peut pas non plus être ignoré. Retenir l’offre de pétrole maintenant, c’est ajouter aux blessures des consommateurs du monde entier », poursuit-il.

A l’approche du sommet, le secrétaire général de l’OPEP, Mohammed Barkindo, avait cependant jugé cette stratégie pertinente. Elle contribue à « répondre à l’augmentation progressive de la demande » sans verser dans une « surcharge de l’offre », avait-il déclaré. Les membres de l’alliance de producteurs ont convenu de se retrouver à nouveau le 4 novembre.

Le Monde avec AFP