Petru Guelfucci, grande voix de la chanson corse, est mort

Petru Guelfucci, à Ajaccio, le 3 octobre 2015.

L’une des plus belles voix de la chanson corse s’est tue. Petru Guelfucci est mort, le 8 octobre à Marseille, des suites d’un cancer, laissant orpheline la paghjella, ce chant polyphonique dont il avait été l’un des ambassadeurs bien au-delà des rivages insulaires. Il avait 66 ans.

Avant de commencer sa carrière internationale, cet enfant de Sermanu (Haute-Corse), dans le centre corse, avait été un militant politique et culturel, en participant en 1973 à la création du groupe Canta u populu corsu (« Chante le peuple corse »). Dans son répertoire, des chansons très engagées politiquement et soutenant la lutte clandestine du Front de libération nationale corse (FLNC) croisent d’autres, plus anciennes, héritées de la tradition agro-pastorale.

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A la fin des années 1970, alors que les revendications nationalistes vont croissant, le riacquistu, la réappropriation culturelle, entend raviver des pans entiers de la chanson corse qui était jusque-là incarnée au plan national par Tino Rossi. « C’était une situation de diglossie, la langue corse avait pratiquement disparu de la vie en Corse », se souvient Christophe Mac-Daniel, compositeur de Petru Guelfucci et compagnon de route depuis près d’un demi-siècle.

Le fonds enregistré par Félix Quilici, de 1948 à 1963, une collection sonore lancée par la Bibliothèque nationale de France comportant des enregistrements de chanteurs de diverses microrégions corses, était l’un des derniers reliquats de cette oralité, que Petru Guelfucci, aux côtés d’autres musiciens de Canta u populu corsu, comme Jean-Paul Poletti, Natale Luciani, Saveriu Valentini ou Minicale, voulaient sauver de l’oubli.

« Corsica », une des plus belles chansons corses

Si le sud de la Corse est caractérisé par des monodies, tels que les lamenti ou les voceri, des chants déchirants qui accompagnaient les décès, le centre corse et le village de Sermanu en particulier offraient une autre variété avec la polyphonie à trois voix, u bassu, a seconda, a terza : la seconde qui donne le ton du chant, la basse qui le soutient et la tierce qui l’enrichit. Trois incarnations vocales de la sagesse, de la force et de la beauté.

En donnant une orientation plus lyrique dans la seconde partie de sa carrière, Petru Guelfucci décide de prendre ses distances avec Canta u populu corsu pour avancer en solo et proposer des interprétations plus intenses et plus intimes.

« En quelque sorte, il a rendu accessible la paghjella au plus grand nombre, il l’a rendue universelle », souligne Christophe Mac-Daniel, qui lui a écrit son titre-phare, Corsica, considéré comme l’une des plus belles chansons corses, et qui avait insipiré le ballet du même nom de la danseuse étoile Marie-Claude Pietragalla.

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