Peur, colère et patriotisme : l’armée des ondes de la droite américaine

Par Gilles Paris

Publié aujourd’hui à 05h14

Il est un peu plus de 6 heures du matin et le soleil de ce début d’été se lève sur Little Rock, la capitale de l’Arkansas. C’est aussi l’heure où s’élève la voix de Dave Elswick sur les ondes de la radio The Answer. Elle s’installe aussitôt dans les cuisines des républicains qui se lèvent tôt et dans les voitures de ceux qui sont déjà sur les routes.

Dans le studio perché dans un immeuble qui domine la ville, le vétéran de la radio d’opinion accueille ce matin-là un jeune responsable local des républicains, Ken Yang. Une fois encore, le président démocrate Joe Biden, « O’Biden », comme le surnomme l’animateur en référence à ses racines irlandaises, est au programme. Dérive supposée du pays, procès d’un homme jugé dépassé par les événements et jouet de marionnettistes, lourds sous-entendus sur son âge, tout y passe. Les interventions des auditeurs, parmi lesquels de nombreux habitués, renforcent une confortable impression d’entre-soi.

Au bout du fil, Willy déplore l’influence de « Crazy Bernie » Sanders, le sénateur indépendant qui campe à la gauche du camp démocrate. « Je prie pour la santé de Biden, afin que la communiste Kamala Harris ne devienne pas présidente », ajoute l’auditeur. Laurie, elle, peste contre « les élections frauduleuses », convaincue, comme de nombreux républicains, de l’illégitimité du locataire de la Maison Blanche, puis Kenny assure que « Joe Biden est contrôlé par George Soros, qui écrit la législation [le milliardaire d’origine hongroise est une des cibles favorites des complotistes] ». En studio, Dave Elswick, crâne glabre et barbiche blanche de vétéran des micros, hoche parfois la tête, manifestement dubitatif, mais se garde du moindre commentaire.

Un poids idéologique incontestable

Sur 101.1, à cette heure-là, on affiche ses couleurs aussi sûrement que l’animateur dans son antre. Accrochée au mur, la silhouette en carton de Donald Trump surveille les arrières de ce briscard des ondes, aux côtés de celles de Captain America, d’un joueur mythique de football américain et de l’acteur John Wayne. Un drapeau israélien orne une autre paroi du studio. Les dix commandements du Parti républicain de l’Arkansas sont à portée de main. Rappel de la centralité de la foi, caractère sacré de la vie, gouvernement réduit à son minimum, responsabilité individuelle, droit à disposer d’une arme, rien ne manque.

Comme Dave Elswick, des dizaines d’animateurs radio entretiennent un feu sacré partisan dans des bastions conservateurs comme l’Arkansas, mais aussi dans les Etats bleus, la couleur du camp démocrate. Leurs cohortes, comme le puissant réseau de chaînes de télévision locales Sinclair Broadcast Group, relativisent l’image de médias hostiles au bloc conservateur, au sein desquels le mastodonte Fox News ferait figure d’exception.

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