Phia Ménard : « Cette pièce, c’est un peu l’histoire des Trois Petits Cochons »

Phia Ménard dans la « Trilogie des contes immoraux » à Avignon, juillet 2021.

A 50 ans, Phia Ménard soulève dans sa Trilogie des contes immoraux des montagnes de carton, et porte sur ses épaules une création de trois heures qui est aussi une prouesse technique.

Qu’est-ce qui vous a menée à mettre au cœur de votre nouvelle création la fabrication de deux édifices ?

C’est une suite assez logique dans mon parcours. Au départ, je suis jongleuse. Très vite, j’ai dépassé l’objet à manipuler, pour en arriver aux éléments : le vent, l’eau, la glace. Ce qui mène à la question de l’équilibre, de l’espace. Et puis la question de l’habitat me semble très révélatrice de nos problèmes d’aujourd’hui. On se réinterroge sur la notion de cabane, notamment. C’est un peu l’histoire des Trois Petits Cochons. Comment on fait, qu’est-ce qu’on construit pour résister au loup ? L’architecture amène à reconvoquer beaucoup de symboles, notamment celui de la construction européenne, comme on l’appelle justement, qui était le point de départ de la Trilogie.

Lire la critique de la pièce : Avignon : le puissant combat de Phia Ménard avec la matière

Qui a conçu ces deux constructions ? Avez-vous travaillé avec un architecte ?

J’ai conçu moi-même ces deux bâtiments, et on a mis au point leur construction avec les régisseurs de ma compagnie. J’ai fait des études de mécanique, et eux ont le savoir-faire. On a avancé de manière empirique. On a commencé avec des maquettes, et on a augmenté l’échelle petit à petit. Pour la tour de Babel, on a travaillé en lien direct avec les acrobates, formés aux agrès, qui la montent en direct. Ce sont eux qui maîtrisent l’équilibre, il fallait évidemment que ce soit faisable, qu’ils ne se mettent pas en danger. En même temps, l’idée de cette tour était qu’elle ne devait pas être ergonomique, mais au contraire toujours rappeler la contrainte, réinterroger la norme, dans ce monde où les objets manufacturés ne vont vraiment à personne, à force d’avoir été fabriqués pour tous.

Concrètement, quelles sont les techniques utilisées ?

La maison mère, c’est comme un carton qu’on utilise pour déménager, mais en beaucoup plus grand. Ce qui rend la chose un peu complexe, c’est la dimension, et le temps de la fabrication, puisqu’on doit la refaire chaque jour. Chaque matin, à 7 heures, une équipe fabrique la feuille de carton qui sera utilisée pour le spectacle. Pour la tour, on a cherché un bois qui soit à la fois dur et pas trop lourd, mais chaque panneau pèse quand même 22 kilos, ce qui implique une manipulation très précise pour les acrobates constructeurs.

Pourquoi avoir choisi de performer vous-même et d’incarner ce personnage d’Athéna punk ?

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