Photographie : un tour du monde dans les pas de Marc Riboud

Les fenêtres d’antiquaire Rue Liulichang, Pékin, Chine (1965).

Marc Riboud, qui a parcouru le monde, appareil photo autour du cou, avait coutume de dire qu’il n’était pas un globe-trotteur « mais un flâneur qui aime photographier le plus intensément possible la vie la plus intense. En y prenant du plaisir ». Et c’est bien à une flânerie, dans les pas de cet observateur élégant du monde, mort en 2016, à l’âge de 93 ans, que nous invite le Musée national des arts asiatiques Guimet, à Paris. L’établissement, qui dispose d’un important fonds photographique, salue ainsi le legs de son œuvre qui lui a été fait en 2019 par les ayants droit de Marc Riboud – soit plus de 50 000 photographies (négatifs, diapositives et épreuves sur papier), des documents et des objets personnels. L’exposition présente un choix de quelque 200 images prises à travers la planète – et pas seulement en Asie, même s’il y revint souvent – par celui qui travailla dès 1953 et jusqu’à 1979 pour l’agence Magnum.

On y découvrira aussi des lettres, notamment d’Henri Cartier-Bresson (1908-2004), qui, avec Robert Capa (1913-1954), fut son mentor. Et ses appareils photo, dont le premier, un Vest Pocket Kodak, donné par son père à l’enfant timide qu’il était. « Si tu ne sais pas parler, tu sauras peut-être regarder », lui aurait-il dit en le lui offrant. Plus tard, il travailla avec un Leica, qu’il ne lâchait quasiment jamais. « Je photographie comme le musicien chantonne. Regarder est une respiration et quand le hasard est avec moi et qu’une bonne photo m’est donnée, le bonheur n’est pas loin », disait-il, comme le rappelle sa veuve, Catherine Riboud, dans le beau catalogue accompagnant l’exposition.

Regard toujours respectueux

La déambulation s’effectue de manière chronologique, des débuts, dans les années 1940, à Lyon où il est né, à la Chine du nouveau millénaire en passant par l’Angleterre, la Turquie, l’Afghanistan, l’Iran, l’Inde, la Corée, le Japon, le Vietnam, les Etats-Unis, Cuba… Autant de pays où le photoreporter – terme que ne revendiquait pas celui qui refusait de se plier aux commandes de la presse – a pérégriné, attentif aux gens, le regard toujours respectueux, s’arrêtant là où l’entraînait sa curiosité. « Il voulait être maître de son rythme, de son itinéraire », souligne Catherine Riboud.

Ses reportages conduisent cet intellectuel de gauche, sensible aux droits humains, à être le témoin des bouleversements de la seconde moitié du XXe siècle. Dans l’ Europe de l’immédiat après-guerre, il observe la reconstruction, le redémarrage de la vie sociale et de l’industrie ; il est en Algérie et en Afrique noire au moment des luttes pour l’indépendance ; au Vietnam déchiré par la guerre ; aux Etats-Unis quand la jeunesse se mobilise contre la présence américaine dans ce conflit… Répugnant à montrer la violence, il n’évoque les drames que de manière allusive, ce qui lui fut parfois reproché.

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