Picasso et les 40 voleurs

2021 : tête de lit

A Athènes, le 29 juin.

Sept minutes auront suffi à un maçon de 49 ans pour dérober, en 2012, à la Pinacothèque nationale d’Athènes, le tableau de Picasso Tête de femme. Après avoir déclenché l’alarme du musée plusieurs fois dans la journée, dans le but, atteint, de rendre les gardiens assez fous pour éteindre le système de ­sécurité, il a simplement sauté par-dessus un balcon pour dérober l’œuvre. Le peintre l’avait offert en 1949 au peuple grec, en hommage à sa résistance face à ­l’en­vahisseur nazi. Le 29 juin 2021, les policiers ont enfin arrêté le voleur, un « fervent amateur d’art », comme il aime se décrire. Le tableau a été retrouvé, entouré de papier bulle, dans le lit d’une rivière ­asséchée, à quelques kilomètres du musée…

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2019 : Dora l’exploratrice

A Paris, le 7 août 2007.

Le Portrait de Dora Maar, aussi appelé Buste de femme (Dora Maar), estimé à 25 millions d’euros, est volé, en 1999, à un cheikh saoudien sur son yacht amarré dans le port d’Antibes, sur la Côte d’Azur. Une toile de 1937, qui représente l’une des amantes de Picasso. Les enquêteurs français, faute d’avancées, ont clos le ­dossier. C’était compter sans ­ « l’Indiana Jones de l’art », le Néer­landais Arthur Brand. En 2015, il apprend qu’un Picasso sert depuis des années de garantie dans des trafics de drogue et des ventes d’armes. Il ne sait pas encore qu’il s’agit du Portrait de Dora Maar, mais commence à enquêter. En mars 2019, un homme d’affaires sonne chez lui, un tableau sous le bras. Il dit avoir reçu le ­portrait dans le cadre d’une ­tran­saction, ignorant son origine volée. Le tableau est désormais exposé à Paris, au Musée Picasso.

2014 : miracle de Noël

A l’ambassade de France, à Washington, le 13 août 2015.

Le Centre Pompidou déclare en 2001 le vol du tableau La Coiffeuse. Réclamé pour un prêt, le musée remarque alors la disparition de l’œuvre tandis que sa dernière apparition remonte à trois ans, lors d’une exposition à Munich… Il faudra attendre 2014 pour que des douaniers américains, dans le New Jersey, interceptent le tableau empaqueté. Accompagné de la mention « Joyeux Noël », le colis est déclaré comme un cadeau artisanal d’une valeur de 30 euros. Il a été posté depuis la Belgique, à destination d’un entrepôt dans le Queens. Le prix déclaré, bien inférieur au coût d’envoi du paquet, et la destination de l’objet ont mis la puce à l’oreille des douaniers. Si le tableau peint par Pablo Picasso en 1911 a retrouvé sa place au musée, le mystère autour de ce vol reste intact.

2007 : trois petits tours

Arthur Brand, à Amsterdam, le 15 avril 2019.

Alors que la petite-fille de Pablo Picasso dort paisiblement dans son hôtel particulier du 7e arrondissement à Paris, des cambrioleurs volent trois des œuvres de son aïeul dans la pièce d’à côté. Un portrait de Jacqueline Roque, la seconde épouse du peintre, Maya à la poupée, une toile représentant sa fille et un dessin intitulé Marie-Thérèse à 21 ans. Un vol audacieux, sans trace d’effraction. Les cambrioleurs ont même pris le temps de découper le portrait, aux dimensions trop imposantes. Six mois plus tard, les policiers de l’Office ­central de lutte contre le ­trafic des biens culturels retrouvent les biens dans le coffre d’une voiture et arrêtent trois hommes. Il ne s’agirait pas des voleurs, qui courent toujours, mais de revendeurs.

1976 : braquage au palais

A Marseille, le 10 septembre 1976. De gauche à droite : Maya Widmaier-Picasso, Paloma Picasso, Bernard Ruiz-Picasso, Christine Ruiz-Picasso et Claude Picasso identifient les toiles volées et récupérées.

Visages dissimulés et pistolets braqués, trois hommes entrent dans le Palais des papes à Avignon et volent 119 œuvres de Picasso, dont Les Demoiselles d’Avignon. L’un des auteurs du braquage du siècle, Didier Caulier, officiellement gérant de boîte de nuit, raconte quelques années plus tard dans un livre : « Comme d’habitude, ça a été facile : nous avons grimpé sur un échafaudage pour pénétrer dans le Palais et accéder aux chefs-d’œuvre ! Il n’y avait que trois gardiens pour les protéger ! » Si ce dernier n’a jamais été arrêté, certains de ses complices sont tombés dans une embuscade quelques mois plus tard, à Marseille. Des policiers ont simulé le rachat des œuvres d’art et tous les tableaux ont été retrouvés.