Pierre-Louis Mascia, l’esthète qui remixe les étoffes du XVIIIe siècle

Pierre-Louis Mascia.

En cette matinée d’été, le soleil perce les lourds rideaux de l’atelier de Pierre-Louis Mascia – son refuge toulousain, un cocon à l’ambiance ouatée, comme protégé du tumulte extérieur. C’est dans cet immeuble du XVIIIsiècle situé au cœur du quartier des Carmes, construit sur les vestiges des remparts gallo-romains, qu’il vient chaque jour puiser l’inspiration. Avec vue sur le jardin des Plantes, l’appartement brouille les pistes, plus proche du cabinet de curiosités que de l’atelier de couture. « Je chine plein de babioles, il y a du joli, du moins joli, c’est hétéroclite comme moi », avance Pierre-Louis Mascia, habillé en « PLM », comme il dit : chemise à fleurs multicolore, rehaussée d’une cravate géométrique à la tonalité rose flashy et salopette façon bleu de travail repliée sur les hanches.

Dans son antre feutré, l’esthète amoncelle les trouvailles, au gré de ses humeurs. « Chiner, c’est comme pêcher, parfois on a de bonnes prises, dans tous les cas il faut persévérer », s’amuse-t-il devant sa dernière acquisition : un coffre de mariage indien du XIXe siècle. « Je chine sans hiérarchie, ce n’est pas le prix qui me guide mais bien l’objet », poursuit celui qui présente, avec le même souci du détail, aussi bien une tapisserie d’Aubusson du XVIIsiècle qu’une gueule de tyrannosaure en toc qui trône fièrement sur une table basse.

L’inspiration par les livres

Le décor donne le ton de ses créations : hybrides, foisonnantes, bardées de détails incongrus. Ici, une pince à cheveux chinoise en marqueterie de plumes, là des sculptures de plâtre. Sur un plateau d’argent, est posé un vieux sifflet, « celui de mon père, ancien arbitre de foot ». « Pour bien faire de la mode, je pense qu’il ne faut pas y penser tout le temps, en tout cas, elle n’est jamais le point de départ de mes collections : je préfère me référer à l’art, à la danse, au théâtre… Pour moi, la mode c’est aussi comment on rêve le quotidien », souligne le créateur, né dans l’Aveyron en 1968.

C’est ici dans cet atelier, qu’a été photographiée sa collection capsule conçue à partir d’archives du Palais Galliera. « C’était comme une évidence de mettre en scène les vêtements là où ils ont été imaginés », précise-t-il. Une pièce entière de l’appartement-atelier est consacrée à sa bibliothèque. Souvent, l’inspiration arrive par les livres.

Une pièce de la collection capsule imaginée par Pierre-Louis Mascia en collaboration avec le Palais Galliera, dans l’atelier du créateur, à Toulouse.

En ce moment, Pierre-Louis Mascia planche sur la culture japonaise, naviguant entre les ouvrages sur le kabuki (forme de théâtre traditionnel japonais), les karakuri (poupées mécaniques fabriquées au Japon du XVIIau XIXsiècle) et le Bushido (code moral du samouraï). Sur son bureau repose une édition ancienne de l’ouvrage Contes chinois ou Les aventures merveilleuses du mandarin Fum-Hoam, chinée, elle aussi, il y a peu.

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